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Ma Sœur
La PoésieD’un cauchemar quand les flots se retirent.
A toi
Duel
Crinoline
Pavillon 13Le temps, horizontalement suspendu à l’enseigne d’un café, se balance avide de clients
-On sera pas trop de trois pour aller les dérouiller ! Dis-je à Matéoli qui vient d’apparaître dans l’embrasure de la porte aux vitres dépolies, où dégouline le nom du patron en peinture couleur inexistante.
Matéoli se débarrasse de son paletot, plie soigneusement son écharpe, de chez Rougecon, qu’il pose.
- Salut, il dit en tirant bruyamment une chaise et en s’allumant un trabuco.
Il s’assied entre Fanette et moi, lève le bras et le patron Bob – C’est marrant tous les patrons de bar s’appellent Bob- qui rapplique illico.
Matéoli, un corse, j’ai oublié de préciser, un peu obsédé sexuel et amateur de poissons- rouge qu’il attrape au collet, commande un lait punch d’essences naturelles. Bob tourne ses talons et disparaît derrière le comptoir.
- T’arrive fort à propos, que je souffle à Matéoli, maintenant qu’on est quatre, ça va être du gâteau.
Vierleux dort sur le banc et ronfle ses six pastis. D’une claque sur le postérieur, Fanette, elle a peur de rien, le réveille. Il sursaute ou plutôt il bondit comme un ressort, se frotte les yeux, jure qu’il est innocent, attrape un sucre sur la table et le refile à Marrot le chien qui frétille de la queue. Vierleux, les yeux injectés de sang, se recouche et se rendort aussi sec.
On était quatre, mais avec Vierleux fin bourré, on n’est plus que trois : élémentaire. De toute manière ça vaut peut-être mieux ainsi ! A la dernière tentative, Vierleux était tellement rond qu’on a passé la nuit à nettoyer ses vomissures sur la banquette de la R4, et on n’a rien pu faire…Le patron, Bob pour les intimes…Je l’ai déjà dit ? Excusez alors ! Donc Bob réapparaît traînant derrière lui un relent d’étable. Il est agacé, je le remarque. Il dépose furieusement un verre de lait incolore sur la table.
- P’tain ! Qu’il dit en serrant les dents, la prochaine fois commande autre chose ! Ton lait j’ai dû me mettre à genoux devant la vache pour en avoir, et rien à faire !!! C’était le bœuf ! Cet imbécile de Clovis, le serveur débile et maladroit, les a changés de place.
Bob réclame ses sous, Vierleux qui entend ce mot, et ne peut pas l’encadrer, lâche Marrot qui course Bob dans toute la salle. Nom de Dieu c’est le boxons.
Au bout d’une course poursuite effrénée, Marrot revient triomphant avec entre les crocs un lambeau de tissu et de chair. Vierleux lui lance une caresse et Bob son poing dans la figure de Vierleux. Enfin tout se calme, on va pouvoir revenir aux choses sérieuses. Vierleux sonné mais desoulé se relève.
- Vierleux ? Je lui demande. T’es cap. De les dérouiller maintenant ?
- Evidemment petit con, qu’il siffle en époustant les pans de sa chemise, et même que c’est parti !
- Voilà une parole sensée, que je lance…
Fanette et Matéoli, l’obsédé du bas ventre féminin, se lèvent en même temps. Le chien Marrot jappe.
- Ta gueule saloperie ! Crie Vierleux en lui envoyant son pied sans l’arrière train.
Ensuite c’est à son tour de se lever, en prenant appui sur le bord de la table.
- P’tain ! Jure-t-il encore. La mer est grosse ce soir.
Dehors, il fait du froid de Sibérie. La R4 s’impatiente entre un réverbère et l’arrêt d’autobus. Toujours aussi mal garé l’obsédé ! Rien ne l’effraye et surtout pas les bleus gyrophares ! Matéoli met le contact, et lance le démarreur. La R4 toussote, crache ses poumons, puis fait entendre son hurlement de colère, starter à fond. Débrayage…la tire cale. Pas moyen de la redémarrer. Vierleux qui s’est placé à l’avant, frappe sur le tableau de bord.
- Désolé ! Soupir Matéoli, il faut pousser.
Au bout de cent mètres de suage intensif, la chignole décolle. Nous regagnons nos places.
Evidemment on devait s’y attendre, Vierleux a voulu prendre le volant et on a manqué de s’envoyer dans le décor. Matéoli a repris les commandes, et comme il ne conduit presque jamais, ce n’est pas une partie de plaisir. Après quelques laborieux kilomètres, nous parvenons enfin à destination. Rapidement nous sommes dehors ; Vierleux somnironfle à nouveau avec Marrot sur la banquette arrière. On les laisse, j’ai des soupçons, petits, de remords, mais après tout qui voudrait de deux spécimens sans aucune valeur marchande ; pas même dans un miteux dépôt vente.
On se dirige vers le hangar que j’ai loué dans une usine désaffectée. Matéoli qui a son short rouge fétiche, il pèle mais il préfère crever que de ne pas l’enfiler, arrive devant la porte en premier. Fanette et moi on traînaille un peu en se bécotant. Matéoli fulmine. C’est vrai qu’il faut être deux pour pousser la porte, de plus, normalement, dans ma poche. Ouais! Elles y sont bien, je soupire ; Matéoli commence à geler et nous fait le marteau-piqueur.
- Allez, je dis à Matéoli on perd pas de temps.
Le cadenas viré, on pousse d’ahan comme des bœufs, en soufflant fort. La porte glisse sur son rail. On entre et on referme sans tarder. Matéoli s’est instantanément juché sur une caisse vide et dit en riant :
- On va les dérouiller !
-Nom- de D…. Gigi, c’est mon surnom, tu pourrais collectionner autre chose que de vieux char d’assaut…
- Allez Gigi, me dit un des deux blancs qui sont devant moi dans le couloir du pavillon 14, le psy. A dit qu’on devait te transférer au 13.
Je ne veux pas y aller au 13 moi ; ils sont tous complètement barjots là-bas, c’est Matéoli qui me l’a dit. En plus je ne veux pas quitter Vierleux et Marrot le diaphane. Et Fanette, ma fanette ! Alors je leur dis :
- Blouse frteyu tuhuiy fhjiout…
- Bloiurt yuiogt etryu ….
- Te fatigue pas Charles! Cà fait vingt ans qu’il est là le pauv’ gars et personne n’a jamais rien compris. Le problème c’est qu’il parle tout le temps. Alors le soir grosse dose et puis dodo !
- C’est tout de même aberrant dit Charles, on dirait qu’il veut nous parler.
- Qu’est-ce que tu veux qu’il raconte ? Y a rien dans sa tête, tu comprends, rien... On voit bien que t’es nouveau !
Le blanc m’attrape par le bras et l’autre de même ; et en voiture Simone….
Peut-être qu’un jour j’arriverai à leur dire que je ne suis pas fou ! Je ne sais plus dans quel ordre il faut phonétiquement agencer les mots…
Le dévoreur de noir
Se perdre
A l’envers, à l’endroit.Hélène enlève Pâris ! A cru sur son cheval qui ne dupera pas. Ménélas ahuri ne peut en croire ses yeux. Hélène enlève Pâris, lui dérobe sa guerre, lui dérobe sa gloire. L’amante sur la bride tire d’un regard langoureux, un trait vif qui foudroie en plein cœur une vie sans grand émoi. Hélène enlève Pâris ! Le blanc nourrit sa peine et le noir sa foi. Ithaque ne verra d ‘elle pas s’éloigner son roi. Pénélope, la sagace, pas plus ne tissera, pour vingt ans en recluse, à attendre le retour du valeureux époux, par les flots éreinté. La sinistre, l’assassine, la flèche n’atteindra pas le fier Achille à son talon fragile. Iphigénie la tendre, la soumise, conservera le souffle donné puis repris, par un père aveuglé à la colère des dieux.
Si ce n’est pas Pâris qui enleva Hélène, c’est qu’Hélène savait qu’il ne l ‘oserait pas : Hélène étanr de Sparte et lui vivant à Troie ! Hélène enlève Pâris, défiant les convenances, se moquant bien des lois, des mythes et des rois. Pâris en est ravi, ravi par sa très douce aux yeux vert gris, d’une mer bercée par l ‘astre bleu du ciel. Les vagues déferlantes s’enlacent amoureuses et les brises de caresses, sous les hauts arbres marins, rapprochent lèvres et corps dans une étreinte sans fin.
Hélène en lève Pâris, un peu gauche, maladroit, qui voudrait dire je t’aime, je t’emmène avec moi. Mais le trouble rougit les lèvres, les joues, l’esprit : Hélène ne viendra pas ? A l’envers à l’endroit, de la gauche vers la droite et du haut vers le bas, Pâris a besoin d’Elle, comme Elle de Lui. Hélène enlève Pâris, déjà prêt dans sa tête à se battre pour Troie.
Confiance
Je ne renonce à rien
Antienne
Délice de tes secrets
Nocturne
Emportement
A quoi sert d’écrire une Nouvelle ?Le Placide, embarcation de plaisance des dernières années lumières, élançait vers le nadir un mat rétractable trois pièces. Recouvert d’une couche d’ambre solaire pour préserver la coque fragile des rayons ultra-violets et d’un insecticide, les piqûres de moustiques sont douloureuses, il offrait à l’œil avisé un chatoyant reflet d’éviction populaire. Des pédales entraînaient tel le mécanisme d’un vélocipède, une hélice disposée à l’arrière de la coque et qui perpétuait le mouvement oscillatoire du bateau. Ce procédé utilisé depuis la disparition du mécanisme à explosion, faisait ses preuves dans la marine plaisancière. Quant aux gros tonnages, au début, deux solutions furent trouvées : emploi de chômeurs à moins de soixante dix pour cent du s.m.i.c (l’individu sans travail rémunérant son employeur par reconnaissance) où, combinaison eau salée et soleil sur la coque qui pour ne pas souffrir, prenait ses jambes à son cou. Mais la société compatissante aux forts tonnages, avait obtenu, par arrêté ministériel, l’abolition de cette méthode. Il ne restait plus alors que la première solution. Cependant le nombre croissant de chômeurs enraya le marché de l’offre et de la demande. Ils furent remplacés par des condamnés de droit commun qui se relayaient chaque premier du mois.
- Voilà ! Dit le capitaine en emboîtant la dernière partie du Placide, nous avons fin.
Stanislas qui marchait en équilibre sur les bords acérés du bateau, protection nécessaire contre les mouettes faucheuses qui s’amusaient à piquer les éléments d’assemblage, parvînt à la passerelle d’accès au quai sans anicroche.
- Capitaine ! Cria-t-il, les mains en porte voix, le petit déjeuné va être prêt.
Moitrier Legras, capitaine à ses heures de liberté, regagna à son tour le quai en suant à vau-l’eau. Il épongea son front sur le revers de sa manche en coton, puis consulta sa montre à affichage digital cristallisant. Huit heures quarante cinq, juste le temps d’avaler quelque chose et de partir pour une promenade régénératrice.
Stanislas réapparut sur la terrasse surplombant l’embarcadère. Il déposa le plateau qu’i l tenait à bout de bras sur une table roulante.
-Kilipare chaud monsieur !
-Encore ! S’indigna Moitrier. Tâche de trouver autre chose pour demain.
Quoique de composition fort délicieuse, extraits de framboise dans un peu de café et dilué avec beaucoup d’eau, le kalipare représentait pour Moitrier une répulsive et obséquieuse concentration de contemporanéité. Stanislas, habitué aux remontrances matinales de son maître, continua à servir imperturbablement. Son office terminé, il se retira dans le pavillon transformable en cour de tennis.
Le soleil liquéfiait les végétaux synthétiques, tandis que sur une platine se sillonnait un vieux disque des Platters. Stanislas tout d’abord figé sur le pont avant, se secoua lorsque le rythme se saccada en bémols ardents. Stanisals défit les amarres.
-Capitaine le navire est sous vos ordres ! Il exécuta un vague salut militaire.
-Parfait matelot, attention au départ !
Stanislas prit place à l’avant du bateau dans une cabine décapotable. Assis très inconfortablement sur une sorte de pliant bon marché, il coinça ses pieds dans des lanières de cuir fixées à chacune des deux pédales. Dans un premier et pénible effort, il arracha l’embarcation du bord.
Les premiers nautiques parcourus, s’étalèrent sans encombre sur les ondes moirées. Le soleil pratiquement à son zénith, autorisa Stanislas à une pose décontracturant.. Il empoigna une bouteille de whiskanis, mélange de whisky et d’anisette, et la vida d’un trait.
-Le repas est prêt matelot ! Lança Moitrier positionné sur la passerelle de commandement.
-Me voilà capitaine…
-Quelle chaleur capitaine, bien mieux que votre nouveau soleil artificiel de Grèce !
-Normal, répondit Moitrier, c’est le vrai…
Le jour disparaissait inexorablement à la cadence du grincement de la chaîne mal graissée. Moitrier proposa d’effectuer un demi- tour latéral complet. Stanislas le fit avec soulagement.
-Passe-moi mon paquet de cigarettes Plaide, Stanislas !
-Capitaine, je ne trouve pas vos cigarettes à triples bouts variables, parfum aurore.
-Ce n’est pas grave, de toute façon nous coulons. Alors à quoi bon en allumer une ?
-C’est pas un boulot ça ! Maugréa Vierleux. Démonter, remonter, vider, remplir.
-Faut bien gagner sa vie, répondit Aristide le nez en forme d’amanite tue-mouche. Un tout petit effort et les nouveaux pourront arriver.
Marot, le chien galeux, reniflait aux quatre coins de la propriété, trouva dissimulé sous des branchages un réverbère, un bon vieux réverbère. Il leva la patte avec délice…
-Moi ce qui m’écœure, reprit Vierleux en retirant ses gants de caoutchouc protecteurs, c’est qu’en journée il faut remplacer, effacer et oublier les anciens occupants.
-Tu sais bien, rétorqua Aristide en avalant une gorgée de quinquina, que lorsqu’il y en a qui partent, ceux qui attendent les remplacent !
-Moi je trouve ça abjecte ! Répéta Vierleux en boulonnant le dernier élément.
-On a retrouvé les corps ? Demande Aristide ?
Oui en vidant la piscine. Ils se sont noyés.
-Et tu sais pourquoi ils sont morts ?
-Mais alors, ça sert à quoi d’écrire une Nouvelle là dessus ?
-A rien mon vieux, à rien, réitéra Vierleux en me regardant drôlement. Commencer une Nouvelle c’est pas le tout, faut-il encore savoir la terminer.
Et de plus, rajouta-t-il, ce n’est même pas de la littérature, mais un assemblage de mots rébarbatifs…