Jeudi 29 juin 2006
Ma Sœur
 
O toi ma sœur qu’il m’en souvienne
Quand dans la nuit et les angoisses
Tu m’accueillais à bras ouverts
Pour dissiper toutes mes chimères
 
O toi ma sœur qu’il m'en souvienne
Aujourd’hui tu me renvoies
 
J’ai prolongé toute ta patience
Et usé tes assurances
Avec mes flots de délires fous
Splendides éreintants et nébuleux
 
Pour toi ma sœur qui m’est si chère
Je n’ai que de mots de douleurs
O toi ma sœur qu’il m’en souvienne
Je suis contrit et si en peine.
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Jeudi 29 juin 2006
La Poésie
 
La poésie s’étale en un brasier de passion
S’enracine dans la vie tendrement et simplement
Découvre les mouettes dans le feu du ciel
Cernant nos rêves de souffles et d’océans
 
La poésie attache les chaînes du silence
En partageant le temps du poète blessé
Et s’avance sous le soleil sombre de nos envies
 
Elle nous enveloppe comme un velum de délires calmes
S’approchant furtive tressaillant de nos sensations
 
La poésie aveugle la réalité et s’évade
Peu à peu dans un autre monde
Développe le drame crée de l’indicible
S’accentue de paroles irréelles
Evoquant le froissement de son existence
Se révolte s’abandonne à notre conscience
 
D’un regard émouvant elle résume ses forces
Et on voit d’un frisson rigoureux
L’impression émotive du silence
Dans l’ineffable sourire d’une psyché qui se trouble
 
La poésie s’agrippe dans le vide des ténèbres
Ne voyant plus que la main des dieux
Qui s’accrochent dans la houle des océans
Qui s’unissent de cordes enlacées par le vent
La poésie n’est qu’une étoile qui s’éteint

D’un cauchemar quand les flots se retirent.

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Jeudi 29 juin 2006
A toi
 
Ton dévoué fidèle qui ne cesse de prier
Pour que soient exhaussés tous ses vœux d’impiété
A genou s’il le faut les marches de l'enfer
J’irai les abraser pour aller accrocher
Aux pieds du trône d’Hadès
Un ex-voto glorieux a toi ma vénérée
Ton dévoué fidèle qui ne peut qu’espérer
Qu’un jour à tes côtés tu voudras le garder !
 
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Mercredi 28 juin 2006
Duel
 
La largeur de mes mots
Ressemble à ces nuages
Qui noirs s’accumulent
Pour fomenter l’orage
 
Je hume les essences
De ces pins maritimes
Qui le long de l’allée
Epanchent leurs aiguilles
 
L’amour est trop cruel
Quand il se veut raison
Moi qui m’emporte aux vents
De mes inspirations
 
Je précède l’Enfer
D’une saison rimbaldienne
Où le vide et le néant
Fascinent mes penchants
A ne pas retrouver
Le sens plein de tes formes
La carence de ton Verbe
Ton dictat ponctuel
 
J’ai la peur des cavernes
Des galeries souterraines
Et de cet égarement
Qui sévit en ces lieux
 
Ne demeure pas de nielle
Toi qui couche les blonds blés
Comme la caresse du vent
 
Peut-être qu’en ses abîmes
La vie est éternelle
D’initiation duelle
Aurélia et Gérard
La double alcoolature
De toute indécision
Provoque la panique
Des jours impitoyables
 
Dans ces lieux obscurs pourrai-je maintenant
Me passer de ton corps
Découvert à moitié
Offert aux longues prévenances
De mes mains enfiévrées
 
Comment pourrai-je vraiment
Ne pas verser de larmes
Au plaisir d’étourdissements
 
A faire n’importe quoi
Je me porte très bien
Mais sans toi que m’importe
De cette vaste farce
Dont je fuis les pastiches
 
Je souffre l’injustice
D’une sage résolution
Porte de plomb scellée
Qui se refermera
Pour préserver au centre
L’aiguille des Innocents
 
J’ai le fleuve fidèle
Dans les larmes trempées
Pour te plaire Famille
J’évincerai mes envies
 
Sur le parvis blessant
D’une demeure vide
Je m’assiérai contrit
Et regarderai fuyant
Le sentier de mes vies
 
Parle –moi et tout bas
Des Regrets Du Bellay
Bien des jours sans détours
Bien des jours sans retours
Bien des paroles bues
 
Notre oasis verdoie
Nous sommes étanchés
Splendidement couchés
A parler de l’aurore
Aux crépuscules des dieux
O Wagner ô fantômes
Sur ton bateau bercé
 
Je voudrais sur le sable
Un parterre de fleurs
Aux myriades d’éclats
Ma tête reposerait
Des longues heures durant
Sur ton ventre embrasé
Par le soleil brûlant
 
Des antiques romaines
Aux hongroises danseuses
Je conduirai ma peine
A devenir figement
 
Les choix sont de confiance
En d’oniriques fusions
Pour ma contemplation souvent illuminée
Laisse-moi te l’offrir
Ce bouquet de bleuets
Aux niellures basaltiques
 
Je voudrais t’emporter
Comme un des miens secret Ne voudrai pas crever
Boris l’écrivait
Sans t’avoir vécu
Sans t’avoir connu
Dans l’élévation plane
Le plaisir à t’offrir
 
Mais donne-moi le temps
Celui que je n’ai pas
De me faire à l’idée
Que ces jours là seront
Je le crois fermement
La promesse de l’aube
D’échanges éthérés
Aux ferveurs échangées
 
Mais ma souffrance réelle
Ne peut trouver refuge
Que dans les souvenirs
D’exaltantes positions
De mouvements entrelacs
Qui demeureront forts
Dans la mort faucheuse
Qui n’y pourra rien faire
 
Dans ta vie je respire
Dans ta vie je m’insère
Dans la mienne tu m’oublies
D’amours épanouis
 
J’ai l’amour qui m’oppresse
Comme un ciel dévasté
D’une lumière hésitante
Qui se soustrait de l’œuvre
 
Nos sentiments s’éprennent
D’abolition des fers
De lunules dans les yeux
Tendrement dilatées
A posséder ton corps
De quelques instants brefs
 
La lune n’est pas amère
Juste fragile emblème
Dissipant les brumes frêles
Dont la moiteur infecte
Est d’herbes fasciculées
 
Je foulerai le sol
Soulevant la poussière
Sans toucher pied à terre
La soif écrasera
Mon cœur endolori
Qui n’a de cesse de trouver
Dans l’idée torturée
Une récolte maigre
 
A tomber pour tomber
Je préfèrerai sombrer
Dans tes bras cataplasmes
Plutôt que de ruines funèbres
Voire même cataleptiques
D’un rubis catafalque
 
Le visage contre terre
En nuées améthystes
Qui embrassent froidement
Les poignets enserrés
 
Pour survivre à la Mort
J’ai l’habitude poète
Et mon amour en tête
 
Pour survivre à la mort
I faut mourir soi-même
Dans les fonds intérieurs
Des images refoulées
 
Donne-moi ton Amour
J’en ferai un grand temple
Où l’on viendra en paix
Recueillir ses passions.
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Mardi 27 juin 2006
Crinoline
 
Les sarments de l’amour aux blondeurs ondoyantes
In petto me taraudent comme des coquelicots
La blondeur de ta crinière est une orographie
Que je me plais novice à étudier
 
La- bas où nul n’ira sans torpeur terrassée
Je montrerai ma face aux mille effarements
Et sans coerciton facétieuse de l’oubli
J’arpenterai ton corps d’albâtre.
 
L’Amour à des secretes muchés sous de hautes latitudes
Dont la secrète route ne m’est que dévoilée
Sois bénie toi ma tendre et mon adorée tanagra
Aux méandres du fleuve que je ne connais pas.
 
Les palétuviers sinistres des îles chatoyantes
N’ont pas la splendeur ad valorem
De tes yeux cuprifères et diaprés
Ici-bas rien de tel ne peut exister
 
Laisse-moi ombellifère exaucer tes prières
O toi amour charnel ô toi amour de Pergame
Qui à tout instant d’un brillant épitomé
Me procure l’instinct de la paresse
 
Tout n’est que fortusion et chrysalide
Dont l’enveloppe cérusée
N’atteint que mon cœur usé
Par les chants priapées et acérés.
 
Ne m’en veut pas Amour de toute illusion
De te méprendre en mon fil
D’une vie contorsionnée et avide
De retrouver des jours heureux.
 
 
 
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Mardi 27 juin 2006
Pavillon 13
 
I.
 

Le temps, horizontalement suspendu à l’enseigne d’un café, se balance avide de clients

-On sera pas trop de trois pour aller les dérouiller ! Dis-je à Matéoli qui vient d’apparaître dans l’embrasure de la porte aux vitres dépolies, où dégouline le nom du patron en peinture couleur inexistante.

Matéoli se débarrasse de son paletot, plie soigneusement son écharpe, de chez Rougecon, qu’il pose.

     - Salut, il dit en tirant bruyamment une chaise et en s’allumant un trabuco.

Il s’assied entre Fanette et moi, lève le bras et le patron Bob – C’est marrant tous les patrons de bar s’appellent Bob- qui rapplique illico.

Matéoli, un corse, j’ai oublié de préciser, un peu obsédé sexuel et amateur de poissons- rouge qu’il attrape au collet, commande un lait punch d’essences naturelles. Bob tourne ses talons et disparaît derrière le comptoir.

-         T’arrive fort à propos, que je souffle à Matéoli, maintenant qu’on est quatre, ça va être du gâteau.

Vierleux dort sur le banc et ronfle ses six pastis. D’une claque sur le postérieur, Fanette, elle a peur de rien, le réveille. Il sursaute ou plutôt il bondit comme un ressort, se frotte les yeux, jure qu’il est innocent, attrape un sucre sur la table et le refile à Marrot le chien qui frétille de la queue. Vierleux, les yeux injectés de sang, se recouche et se rendort aussi sec.

On était quatre, mais avec Vierleux fin bourré, on n’est plus que trois : élémentaire. De toute manière ça vaut peut-être mieux ainsi ! A la dernière tentative, Vierleux était tellement rond qu’on a passé la nuit à nettoyer ses vomissures sur la banquette de la R4, et on n’a rien pu faire…Le patron, Bob pour les intimes…Je l’ai déjà dit ? Excusez alors ! Donc Bob réapparaît traînant derrière lui un relent d’étable. Il est agacé, je le remarque. Il dépose furieusement un verre de lait incolore sur la table.

-         P’tain ! Qu’il dit en serrant les dents, la prochaine fois commande autre chose ! Ton lait j’ai dû me mettre à genoux devant la vache pour en avoir, et rien à faire !!! C’était le bœuf ! Cet imbécile de Clovis, le serveur débile et maladroit, les a changés de place.

Bob réclame ses sous, Vierleux qui entend ce mot, et ne peut pas l’encadrer, lâche Marrot qui course Bob dans toute la salle. Nom de Dieu c’est le boxons.

Au bout d’une course poursuite effrénée, Marrot revient triomphant avec entre les crocs un lambeau de tissu et de chair. Vierleux lui lance une caresse et Bob son poing dans la figure de Vierleux. Enfin tout se calme, on va pouvoir revenir aux choses sérieuses. Vierleux sonné mais desoulé se relève.

-         Vierleux ? Je lui demande. T’es cap. De les dérouiller maintenant ?

-         Evidemment petit con, qu’il siffle en époustant les pans de sa chemise, et même que c’est parti !

Je frappe sur la table du plat de la main.

-         Voilà une parole sensée, que je lance…

Fanette et Matéoli, l’obsédé du bas ventre féminin, se lèvent en même temps. Le chien Marrot jappe.

-         Ta gueule saloperie ! Crie Vierleux en lui envoyant son pied sans l’arrière train.

Ensuite c’est à son tour de se lever, en prenant appui sur le bord de la table.

-         P’tain ! Jure-t-il encore. La mer est grosse ce soir.

A cette allure là, on n’est pas arrivé mon colon !

Dehors, il fait du froid de Sibérie. La R4 s’impatiente entre un réverbère et l’arrêt d’autobus. Toujours aussi mal garé l’obsédé ! Rien ne l’effraye et surtout pas les bleus gyrophares ! Matéoli met le contact, et lance le démarreur. La R4 toussote, crache ses poumons, puis fait entendre son hurlement de colère, starter à fond. Débrayage…la tire cale. Pas moyen de la redémarrer. Vierleux qui s’est placé à l’avant, frappe sur le tableau de bord.

-         Désolé ! Soupir Matéoli, il faut pousser.

Au bout de cent mètres de suage intensif, la chignole décolle. Nous regagnons nos places.

 
II.
 

Evidemment on devait s’y attendre, Vierleux a voulu prendre le volant et on a manqué de s’envoyer dans le décor. Matéoli a repris les commandes, et comme il ne conduit presque jamais, ce n’est pas une partie de plaisir. Après quelques laborieux kilomètres, nous parvenons enfin à destination. Rapidement nous sommes dehors ; Vierleux somnironfle à nouveau avec Marrot sur la banquette arrière. On les laisse, j’ai des soupçons, petits, de remords, mais après tout qui voudrait de deux spécimens sans aucune valeur marchande ; pas même dans un miteux dépôt vente.

On se dirige vers le hangar que j’ai loué dans une usine désaffectée. Matéoli qui a son short rouge fétiche, il pèle mais il préfère crever que de ne pas l’enfiler, arrive devant la porte en premier. Fanette et moi on traînaille un peu en se bécotant. Matéoli fulmine. C’est vrai qu’il faut être deux pour pousser la porte, de plus, normalement, dans ma poche. Ouais! Elles y sont bien, je soupire ; Matéoli commence à geler et nous fait le marteau-piqueur.

-         Allez, je dis à Matéoli on perd pas de temps.

Le cadenas viré, on pousse d’ahan comme des bœufs, en soufflant fort. La porte glisse sur son rail. On entre et on referme sans tarder. Matéoli s’est instantanément juché sur une caisse vide et dit en riant :

-         On va les dérouiller !

Il me fait signe de la tête :

-Nom- de D…. Gigi, c’est mon surnom, tu pourrais collectionner autre chose que de vieux char d’assaut…

 
III. Epilogue
 

-         Allez Gigi, me dit un des deux blancs qui sont devant moi dans le couloir du pavillon 14, le psy. A dit qu’on devait te transférer au 13.

Je ne veux pas y aller au 13 moi ; ils sont tous complètement barjots là-bas, c’est Matéoli qui me l’a dit. En plus je ne veux pas quitter Vierleux et Marrot le diaphane. Et Fanette, ma fanette ! Alors je leur dis :

-         Blouse frteyu tuhuiy fhjiout…

Comme d’habitude ils font semblant de ne rien comprendre.

-         Bloiurt yuiogt etryu ….

Un des deux blancs tend l’oreille

-         Te fatigue pas Charles! Cà fait vingt ans qu’il est là le pauv’ gars et personne n’a jamais rien compris. Le problème c’est qu’il parle tout le temps. Alors le soir grosse dose et puis dodo !

-         C’est tout de même aberrant dit Charles, on dirait qu’il veut nous parler.

L’autre se marre grave.

-         Qu’est-ce que tu veux qu’il raconte ? Y a rien dans sa tête, tu comprends, rien... On voit bien que t’es nouveau !

Le blanc m’attrape par le bras et l’autre de même ; et en voiture Simone….

Peut-être qu’un jour j’arriverai à leur dire que je ne suis pas fou ! Je ne sais plus dans quel ordre il faut phonétiquement agencer les mots…

 
 
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Lundi 26 juin 2006
Le dévoreur de noir
 
Seul sous le soleil inquiet
Le poète s’avance obscur
Si les yeux de l’enfant
Lui permettent de voir
Il ressent également
En profond désespoir
D’avoir été Judas
Sans vraiment le vouloir
Qu’on le fasse souffrir
Ou bien qu’il soit trompé
Lui laisse moins d’aigreurs
Que si lui a fauté
Son chemin est perfide
Et ses sens acérés
La moindre vilenie
Et le voilà prostré
Maladroit malhabile
De peur d’être quitté
Il arpente la nuit
Dans l’innocence profonde
En recherchant céleste
Ton visage clément
Ma douce ma merveilleuse
Quand tu me prends la main
La voie qui est la mienne
Me semble plus allègre
Guidé par ton regard
Mon courage s’accroît
J’avance sans effroi
Il est vrai que l’angoisse
D’avoir peut-être déçu
A terni la lueur d’aurore
Le poète est l’enfant
Qui seul dans le noir
Craint monstres terrifiants
Et hideuses Gorgones
Tout ce qui ressenti
Prend l’allure d’opprobre
Laisse au cœur pesant
Un flot de larmes couler
Quand la voix rassurante
Pardonne cet écart
Tes mains si caressantes
Manquent à mon désarroi
Te serrer dans mes bras
Ne faire qu’un avec toi
Optative pensée
Enflammé écarté
Entendre la chaleur
De ton souffle léger
Sentir ton odeur
Suave citronnée
Trouver dans ta salive
La saveur enfantine
Subtilement distillée
Te donner du plaisir
En amant prévenant
Même si dans mes yeux
Luisent des mélodies
D’harmonies malicieuses
D’un coquin garnement
 
Donne-moi tes silences
Qui bercent mes blessures
Laisse-moi fatigué
M’asseoir à tes côtés
Vider ma gibecière
De ses mots parfumés
Les porter à fusion
En orfèvre lettré
Pour forger à ton nom
Un collier passionné
D’améthystes paroles
Pour toi mon adorée
J’écrirai jours et nuits
Sur de petits vélins
Soigneusement pliés
Je les frissonnerai
Pour remplir componctieux
De rares phylactères
Le cœur me renaît
A ta pensée lointaine
Si mes sanglots fiévreux
Saignaient de terne hier
Aujourd’hui délicieux
A revoir de si peu
Ton sourire dévoreur
De mes noires pâleurs
L’alternance infectieuse
Entre bon et mauvais
Plombe les longues heures
Ces Béhémots lourdauds
Qui m’emportent aux vents
Quelquefois d’amertume
D’autres fois de la liesse
Ma plainte pleure sans cesse
De ne savoir trouver
Dans ce monde si austère
Une place anodine
Libre des agacements
Qui pourrissent ma tête
Par de ravages désirs
 
Mon âme ma tourterelle
Si mes nuits sont supplices
Ma foi est éternelle
A la lumière sereine
De ton précieux amour
Je grelotte en regrets
De ne savoir élever
Qu’en épars morceaux
Des mots plus que des gestes
Etre empreint d’ignorance
Et de fragilité
Laissant à la navrance
Le soin de l’expier
Je me promène songeur
Sur le grain de ta peau
Dont l’infini douceur
S’assemble à l’éthérée
Tes lèvres ont l’agrément
Des amandes verdies
Par d’éveillants désirs
De musc et de cannelle
La douleur de la cangue
Se console d’images
Et de ma délivrance
O reine d’ici-bas
Soumets à ta raison
Mes chaleureux secrets
Ma plainte se lamente
En de latents séjours
Où la flamme muette
A consumé mon cœur
 
O toi ma douloureuse
Conjonction impossible
Insatiable fournaise
De mes sens épanchés
Conserve d’ineffable
L’allant de mes regrets
Cueillir de la vie
L’émeraude troublante
Qui rôde dans ma nuit
Drapée de ses tendresses
Qui me tendent ses mains
Qu’en vain à m’étourdir
Je tente de saisir
Fantôme de mes ténèbres
J’ai la folle illusion
Qui demeure en instance
Valeureuses constances
L’aube finira bien
Par étouffer la Nuit…
 
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Dimanche 25 juin 2006
Se perdre
 
J’ai disposé ton corps
Comme de mille feux
En enserrant ta taille
De mon étreinte fougueuse
 
Aux puissantes caresses
Ma peau parlait saline
Dont les reflets changeants
S’incrustaient dans ma peau
 
Des baisers voluptueux
L’empressement de tes doigts
Sur mon dos labouré
Ton odeur moirée
A mes sens affolés
Ne sauraient disparaître
A jamais imprégnés
 
Après avoir aimé
Et possédé ton corps
Je n’ai de mes pensées
Qu’à nouveau t’épouser
D’abandon j’offrirai
Mes rêves et mes douceurs
Pour voyager en nage
Contre ton corps tendu
 
Je visiterai prévenant
Les parties de tes charmes
En prenant bien le temps
De tes précieux plaisirs
 
J’explorerai lenteur
Tes contrées vastes offertes
Qui m’apprendront bien plus
Que tout voyage céleste
 
J’aurai des souvenirs
O bien plus harmonieux
Que si j’avais vécu
Bien plus de mille ans
 
Sans relâche je chercherai
Une réponse en doute
Où l’insondable vide
Me fait m’épanouir
 
Et même si la mort
Me rongerait la vie
Je n’aurai plus de cesse
Que de remémorer
A mon esprit alerte
Les voyages corporels
Entrepris au brasier
De ton sein forteresse
 
Mon profond égarement
Est fidèle en attente
Pour te reprendre entière
Bien plus de fois encore.
 
 
 
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Dimanche 25 juin 2006
A l’envers, à l’endroit.
 

Hélène enlève Pâris ! A cru sur son cheval qui ne dupera pas. Ménélas ahuri ne peut en croire ses yeux. Hélène enlève Pâris, lui dérobe sa guerre, lui dérobe sa gloire. L’amante sur la bride tire d’un regard langoureux, un trait vif qui foudroie en plein cœur une vie sans grand émoi. Hélène enlève Pâris ! Le blanc nourrit sa peine et le noir sa foi. Ithaque ne verra d ‘elle pas s’éloigner son roi. Pénélope, la sagace, pas plus ne tissera, pour vingt ans en recluse, à attendre le retour du valeureux époux, par les flots éreinté. La sinistre, l’assassine, la flèche n’atteindra pas le fier Achille à son talon fragile. Iphigénie la tendre, la soumise, conservera le souffle donné puis repris, par un père aveuglé à la colère des dieux.

Si ce n’est pas Pâris qui enleva Hélène, c’est qu’Hélène savait qu’il ne l ‘oserait pas : Hélène étanr de Sparte et lui vivant à Troie ! Hélène enlève Pâris, défiant les convenances, se moquant bien des lois, des mythes et des rois. Pâris en est ravi, ravi par sa très douce aux yeux vert gris, d’une mer bercée par l ‘astre bleu du ciel. Les vagues déferlantes s’enlacent amoureuses et les brises de caresses, sous les hauts arbres marins, rapprochent lèvres et corps dans une étreinte sans fin.

Hélène en lève Pâris, un peu gauche, maladroit, qui voudrait dire je t’aime, je t’emmène avec moi. Mais le trouble rougit les lèvres, les joues, l’esprit : Hélène ne viendra pas ? A l’envers à l’endroit, de la gauche vers la droite et du haut vers le bas, Pâris a besoin d’Elle, comme Elle de Lui. Hélène enlève Pâris, déjà prêt dans sa tête à se battre pour Troie.

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Samedi 24 juin 2006
Confiance
 
Je me sens infidèle par de secrètes pensées
Qui écoulent ma peine d’Adonis passionné
Fut-elle assez cruelle la triste vérité
La souffrance est pareille au royal mausolée
Sa musique est vénielle en croches dédoublées
Rythmant à la portée de maintes profusions
Entre les blanches et noires intimements couplées
Et d’un bécard métis produit des effusions
 
La confiture d’oseille audacieuse douceur
Liniment dédoublé topique fulgurant
Appliqué sur le cœur pour vaincre la douleur
A demi-mot fermé sa paupière s’éclôt
Aux rivières basaltiques qui se brisent dans l’âme
 
Je suis le voyageur lassé de sa besace
Inondé de stupeur de sueur consternée
Les mots en cathédral catissage éthéré
Je suis le cheminot le fou le dératé
Qui repose ses yeux des captieuses paroles
 
Les faquines promesses rescrites de charité
Des papes aux abbesses Don Juan aux tendrons
Qui se pâment catines de cavatines usées
 
Des parfums délétères de mon âme émaciée
Se désaltèrent à l’ombre des aldins baisers
D’Alicantes raisons me poussent à l’embolie
Qui frappent et qui innervent en grappe de folie
L’assemblage des mots leur miscible beauté
M’entraîne vers toi en un lieu dérobé
 
Seuls à cette occurrence anagogique repos
Nous tendons le vélum afin de protéger
Nos rencontres abstraites des vélites affamés
A la solde du temps de la quotidienneté
Pour scléroser de notre union charnelle
 
Vélivole mon esprit se hâte dans les limbes
De la liesse optative et n’aspire qu’à retrouver
Les silves alanguies à tes courbes topless
Je suis le naufragé l’Ulysse de l’anacrouse
Qui s’accroche à Circé ton salvateur voilier
 
Je crains de la tourmente mes sens égrotants
Aquilon ondoyant d’analectes atones
L’atonie récurrente assomme mon envie
De l’éprouvant périple qui n’accorde répit
Qu’as ton essence rare aux lytiques comprimés
 
O combien je le sais mon Eros divine
Que le soleil aubère à la brume lactée
N’est le misonéisme d’aucune volonté
D’extraire la confiance de l’abasie inique
Qui frappe pusillanime la créativité
 
Tes paroles apaisantes tes gestes répétés
Les caresses enivrantes des tendresses échangées
Eveillent mon Ego à se réaliser..
 
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Samedi 24 juin 2006
Je ne renonce à rien
 
Je ne renonce à rien
Surtout pas à t’attendre
Je ne renonce à rien
Pas même à Cuba
Je ne renonce à rien
Surtout pas à l’amour
Qui vers toi infini
Me glorifie le cœur
 
On voudrait me dicter
M’enchaîner au tombeau
Sans les correspondances
Qui me sont propices
 
Je sais combien cruel
Peut-être le destin
Je sais combien souffrance
Peut connaître l’innocence
Qui grandira un jour
Et puis me quittera
 
Je ne renonce à rien
Qui émeuve mon cœur
A cette liberté
Si durement conquise
 
Je ne renonce à rien
Surtout pas à t’emmener
A Rome ou à Venise
L’attente peut être longue
Et les tourments nombreux
Mais ton cœur et ton corps
Sont à moi profondeurs
Auxquelles je ne renonce
 
Je ne renonce à rien
Surtout pas aux tendresses
Pour connaître enfin
Les secrets de ton corps
 
Je ne renonce à rien
Ni aux sizains rimés
Ni à l’épithalame
Partir sans réfléchir
Et seul aller au diable
Je préfère me damner
Plutôt que d’oublier
Les illusions se perdent
Mais ta longue chevelure
Demeure entre mes doigts
Ondulante odorante
Des parfums essentiels
De ta bouche entre ouverte
 
Je ne renonce à rien
Ni aux instants sublimes
Ni aux instants de pleurs
Des parcelles de bonheur
Des douleurs identiques
Aux charmantes tiédeurs
S’immiscent à mes ardeurs
A t’aimer plus encore
Toi qui m’as fait connaître
Ce que peut être joie
 
Je ne renonce à rien
Pour oublier la peur
Qui m’enveloppe la nuit
Quand bien seul allongé
Les yeux rivés au ciel
J’appelle ton visage
Ton corps et puis tes lèvres
Pour calmer la souffrance
D’une condition mortelle
D’abondantes sueurs
Inondent mon visage
Se mêlant aux saveurs
De larmes continuelles
 
Je ne renonce à rien
Pas même aux profondes rides
Qui creuseront chaque jour
Nos visages enflammés
A l’idée d’un matin
Qui sera retrouvailles
Auxquelles j’aspire tant
Et qui me font poursuivre
L’errance de ma vie
 
Je ne renonce à rien
Je ne renonce en rien
Je ne renonce pour rien
A l’Amour qui m’habite
A l’Amour qui t’anime
Ne le transformons pas
Par delà les obstacles
Les trahisons diverses
 
Je ne renonce à rien
Et ne veut plus songer
Qu’à l’attachement profond
Qui ancre nos esprits
 
Je ne renonce à rien
Ni à toi ni à moi.
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Samedi 24 juin 2006
Antienne
Echange d’un baiser
Un instant dans tes bras
Je l’ai tant attendu
Et puis mon cœur s’abat
Passer du chaud au froid
Des liesses à l’abattement
Amour de haut en bas
Fragile comme un hautbois
 
 
Se placer dos au mur
En se signant maintes fois
Cela sera peut-être
La dernière des fois
Une dent requiem
Surine un cantilène
Sur de divans velours
Où s’ébattent se déchaînent
Le lustre du va et vient
Que l’échevin promène
En piquant le clavecin
D’une complainte antique
 
En Ulysse protégé
Et rire aux éclats
De trouver dans sa poche
Deux bonbons à la fraise
Les porter à sa bouche
Pour dévorer la tienne
Croustillante du levain
Confite de l’ivresse
 
L’arène d’épigraphes
Se couvre secrètement
Les fauves paternels
Refusent la pâture
Des âmes dévorées
Par des osiers pleureurs
Chamarrés de toucans
 
Une antienne s’épuise
Quand le Vésuve crache
Ses indécents ébats
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Samedi 24 juin 2006
Délice de tes secrets

N'a de tes yeux que le tourment
et j'aime cet ouragan
qui me dit souvent
je t'aime

je retrouve dans tes mains
ces myriades de cristaux
qui pétrifient les miennes
quand elles se pressent tendrement

les séjours d'Hadès
sont si réjouissants
quand je suis séparé de toi
et mon coeur diaphane
n'est que le reflet de ton âme

laisse-moi goûter tes lèvres
aux parfums de l'encens
quand elles se tendent  à moi
comme un heureux présage

j'aime à être près de ton corps
aux sinueuses courbes
et les vallons de ta poitrine
s'élèvent en de glorieux sommets

je ne suis qu'étourneau
virevoltant bien haut
et désirant aux muses
ton surnom malicieux
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Samedi 24 juin 2006
Nocturne
 
Tout en moi est appel à ton corps dénudé
Par mes mains impatientes à le sillonner
Mon soleil embrumé effleure ton échine
Que les traits lumineux tachent de rousseur
 
Mes regards pyrogènes se plongent hors d’haleine
Survolent déchirés les ondales de ta peau
Dont le teint buriné de ta souveraineté
Multiplie l’insolence de mes assiduités
 
Un catogan garance relève ta chevelure
En dépouillant ta nuque isolement bistrée
Le lapis truité de tes yeux langoureux
Rehausse le carmin de tes lèvres venimeuses
 
Je musarde en frôlant tes vallons postérieurs
Puis contourne tes reins et remonte enfiévré
Vers les pointes saillantes de tes deux seins
 
Ce dictame pèlerinage s’édifie solitaire
Quand apparaît nocturne ta présence éclipsée.
 
 
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Vendredi 23 juin 2006
Emportement
 
Là où nul n’irait
Je poserai mes yeux
Pour tenter l’invincible
L’imprévisible décès
Je foulerai le sol
D’un cimetière marin
Où nulle épave béante
Ne gisera à terre
 
La mort de ses grands yeux
Dévore le fil du temps
Mais les mots sur la page
La rende impuissante
Jadis j’étais une ombre
Une ombre de moi-même
Jadis j’avais la peur
Qui me gonflait le ventre
 
L’angoisse se nourrissait
A même l’état d’âme
De souvenirs anciens
En lettres indélébiles
Les forçats de l’enfer
S’efforcent à retenir
Les élans passionnés
De l’autre création
Du délire hédoniste
S’exhale la création
En gouttes suspendues
Sous la plume glissante
Aux atours d’esprit
Quand s’évaporent futiles
Les paroles muettes.
 
La trace à la grandeur
D’un temple de cristal
Dont la fragilité
S’exerce par la beauté
A foudroyer le ciel
D’électrices passions
L’éclair cataleptique
S’abat sur l’édifice
D’un seul coup de dé
 
Tout remettre en question
Tout remettre au mektub
D’un souffle nouveau-né
Se perdre sans raison
Passionne l’infidèle
Endolori la nuit
Par de frustrées questions
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Vendredi 23 juin 2006

Hypogée tristesse
 
Que ma vie tous les jours
Ressemble au rendez-vous
Premier de notre amour
L’esprit chenu du cafre
Par le cœur transporté
Palpite en divers échos
Sous mon crâne oppressé
Le souffle de ma forge
Sans lésine activée
Diligente le pouls
Aux limites de l’acmé
Si proche de la mort
Qui suinte par les pores
En symbole apporté Pour revivre nouveau-né.
 
L’enfant ne se console
Qu’à la vue de sa mère
L’attente est si cruelle
Qu’il ne sait que pleurer
L’abandon maternel
Une fois consommé
L’enfant devient un homme
A lui seul d’assumer
Dans mon cœur somnole
L’enfant terrorisé
Dans la nuit effacée
A sa vie esseulée
Le lien s’est sectionné
Féminin en pensées
Masculin pour la forme
Sensible à toute essence
D’une douleur innée
Qu’auraient été mes jours
Qu’auraient été mes nuits
Si au seuil d’éclore
Tu m’avais regardé
 
Frayeurs babillantes
Ressurgissent conjuguées
En saumâtres soupirs
Par le doute au présent
Ma peur se déchire
O duel sentiment
L’affliction se déchaîne
Mon humeur s’effrite
Replié en moi-même
En sombres épanchements
Ta séance furtive
D’amertume calmit
Ecrête la dolence
Qui étrille ma vie
 
A l’amarre rompue
Ta barque disparaît
Et l’émeute reprend
Sur japon élimé
Je couche l’écriture
Oghamique message
Graphiques troglobies
Chronique dyslalie
Ou dyslogie prégnante
 
D’étésiens concetti
Recouvrent la page posée
Sur une moleskine
De jaspe noir minier
Le pathos caché
Par l’ampoulé verbiage
Me permet d’ébouter
Mon bâton de pèlerin
Pour murer au commun
L’huis de ma pensée
J’ère impondéré
La varlope à la main
Prêt à dégoiser
Mes jectisses dyscrasies
 
Que dis-tu Adorée
Que tu ne comprends rien
Pas même otocyon
Chien fou dans mon jardin
Ostentatoire discrétion
Antithèse de dérision
Polygamie frivole
Polyculture de mots
L’ensemble composé
En pinacle affecté
Pour l’hypogée tristesse
Absente que trop de temps.
 
 
 
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Jeudi 22 juin 2006
A quoi sert d’écrire une Nouvelle ?
I.
 

Le Placide, embarcation de plaisance des dernières années lumières, élançait vers le nadir un mat rétractable trois pièces. Recouvert d’une couche d’ambre solaire pour préserver la coque fragile des rayons ultra-violets et d’un insecticide, les piqûres de moustiques sont douloureuses, il offrait à l’œil avisé un chatoyant reflet d’éviction populaire. Des pédales entraînaient tel le mécanisme d’un vélocipède, une hélice disposée à l’arrière de la coque et qui perpétuait le mouvement oscillatoire du bateau. Ce procédé utilisé depuis la disparition du mécanisme à explosion, faisait ses preuves dans la marine plaisancière. Quant aux gros tonnages, au début, deux solutions furent trouvées : emploi de chômeurs à moins de soixante dix pour cent du s.m.i.c (l’individu sans travail rémunérant son employeur par reconnaissance) où, combinaison eau salée et soleil sur la coque qui pour ne pas souffrir, prenait ses jambes à son cou. Mais la société compatissante aux forts tonnages, avait obtenu, par arrêté ministériel, l’abolition de cette méthode. Il ne restait plus alors que la première solution. Cependant le nombre croissant de chômeurs enraya le marché de l’offre et de la demande. Ils furent remplacés par des condamnés de droit commun qui se relayaient chaque premier du mois.

-         Voilà ! Dit le capitaine en emboîtant la dernière partie du Placide, nous avons fin.

Stanislas qui marchait en équilibre sur les bords acérés du bateau, protection nécessaire contre les mouettes faucheuses qui s’amusaient à piquer les éléments d’assemblage, parvînt à la passerelle d’accès au quai sans anicroche.

-         Capitaine ! Cria-t-il, les mains en porte voix, le petit déjeuné va être prêt.

Moitrier Legras, capitaine à ses heures de liberté, regagna à son tour le quai en suant à vau-l’eau. Il épongea son front sur le revers de sa manche en coton, puis consulta sa montre à affichage digital cristallisant. Huit heures quarante cinq, juste le temps d’avaler quelque chose et de partir pour une promenade régénératrice.

Stanislas réapparut sur la terrasse surplombant l’embarcadère. Il déposa le plateau qu’i l tenait à bout de bras sur une table roulante.

      -Kilipare chaud monsieur !

      -Encore ! S’indigna Moitrier. Tâche de trouver autre chose pour demain.

Quoique de composition fort délicieuse, extraits de framboise dans un peu de café et dilué avec beaucoup d’eau, le kalipare représentait pour Moitrier une répulsive et obséquieuse concentration de contemporanéité. Stanislas, habitué aux remontrances matinales de son maître, continua à servir imperturbablement. Son office terminé, il se retira dans le pavillon transformable en cour de tennis.

 
 
II.
 

Le soleil liquéfiait les végétaux synthétiques, tandis que sur une platine se sillonnait un vieux disque des Platters. Stanislas tout d’abord figé sur le pont avant, se secoua lorsque le rythme se saccada en bémols ardents. Stanisals défit les amarres.

    -Capitaine le navire est sous vos ordres ! Il exécuta un vague salut militaire.

    -Parfait matelot, attention au départ !

Stanislas prit place à l’avant du bateau dans une cabine décapotable. Assis très inconfortablement sur une sorte de pliant bon marché, il coinça ses pieds dans des lanières de cuir fixées à chacune des deux pédales. Dans un premier et pénible effort, il arracha l’embarcation du bord.

Les premiers nautiques parcourus, s’étalèrent sans encombre sur les ondes moirées. Le soleil pratiquement à son zénith, autorisa Stanislas à une pose décontracturant.. Il empoigna une bouteille de whiskanis, mélange de whisky et d’anisette, et la vida d’un trait.

   -Le repas est prêt matelot ! Lança Moitrier positionné sur la passerelle de commandement.

 -Me voilà capitaine…

 -Quelle chaleur capitaine, bien mieux que votre nouveau soleil artificiel de Grèce !

 -Normal, répondit Moitrier, c’est le vrai…

Le repas s’acheva dans la plus stricte intimité.
 
 
III.
 

Le jour disparaissait inexorablement à la cadence du grincement de la chaîne mal graissée. Moitrier proposa d’effectuer un demi- tour latéral complet. Stanislas le fit avec soulagement.

 -Passe-moi mon paquet de cigarettes Plaide, Stanislas !

 -Capitaine, je ne trouve pas vos cigarettes à triples bouts variables, parfum aurore.

 -Ce n’est pas grave, de toute façon nous coulons. Alors à quoi bon en allumer une ?

 
 
IV.
 

 -C’est pas un boulot ça ! Maugréa Vierleux. Démonter, remonter, vider, remplir.

 -Faut bien gagner sa vie, répondit Aristide le nez en forme d’amanite tue-mouche. Un tout petit effort et les nouveaux pourront arriver.

Marot, le chien galeux, reniflait aux quatre coins de la propriété, trouva dissimulé sous des branchages un réverbère, un bon vieux réverbère. Il leva la patte avec délice…

 -Moi ce qui m’écœure, reprit Vierleux en retirant ses gants de caoutchouc protecteurs, c’est qu’en journée il faut remplacer, effacer et oublier les anciens       occupants.

 -Tu sais bien, rétorqua Aristide en avalant une gorgée de quinquina, que lorsqu’il y en a qui partent, ceux qui attendent les remplacent !

 -Moi je trouve ça abjecte ! Répéta Vierleux en boulonnant le dernier élément.

 -On a retrouvé les corps ? Demande Aristide ?

 Oui en vidant la piscine. Ils se sont noyés.

 -Et tu sais pourquoi ils sont morts ?

 -Non pas du tout.

 -Mais alors, ça sert à quoi d’écrire une Nouvelle là dessus ?

 -A rien mon vieux, à rien, réitéra Vierleux en me regardant drôlement. Commencer une Nouvelle c’est pas le tout, faut-il encore savoir la terminer.

 Et de plus, rajouta-t-il, ce n’est même pas de la littérature, mais un assemblage de mots rébarbatifs…

 
 
 
 
 
 
 
par cafre publié dans : cafre
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