Mardi 25 juillet 2006
Parapluie
 
I.
 

-Encore un qui s’est fait buter avec des pruneaux plombés ! Que me lance l’inspecteur buré ? Sous une pluie battante qui ne fait qu’agacer notre exaspération.

-         Le huitième et toujours sous la pluie ! Il nous en veut la vache….

-         Z’ont pris des photos ? Que je demande à Buré ?

-         Oui chef ! Mais eux ils sont déjà partis les veinards.

-         Les légistes ?

-         Pas encore là ! C’est pour ça qu’on est encore là.

-         Et pourtant, je rajoute, nous devons les attendre….

Sous le parapluie que tient Buré, les gouttes claquent de plus en plus et mes chaussures commencent à éponger.

Les gars du labo. Arrivent. Pas cons, ils sortent une bâche et ce mettent au travail en dessous.

-         Faudra y penser, que je glisse à Budé

-         Oui chef ! C’est pas bête.

-         Allez ! On range la voiture ; ils auront qu’à nous taper leur rapport et l’envoyer…On n’a plus à rien affaire ici.

On décarre dans un crissement de pneu infernal. Budé regarde trop les séries américaines !

Il enclenche le gyro.. A quoi sert-il ? Il est trois heures du mat.. Enfin ça l’amuse ; quel gamin ce Budé !

On arrive au poste et je lance exténué à Budé :

-T’inquiètes, le rapport on s’en occupera demain. Maintenant : marre…

Pauvre Budé ! C’est lui qui s’en chargera je le sais bien.

Moi je me rentre chez moi où mon chien m’attend. Il va être frétillant comme d’habitude mais moi non s’il a pissé aussi comme d’habitude.

 
II.
 

Comme je m’y attendais le grand chef veut me voir dans son bureau ! J’ai pas même le temps de voir l’équipe et de siroter un café : Quelle vie de galérien !

Le Manitou est furieux et il ne cache pas sa mauvaise humeur.

- Encore Janson qu’il me dit. Le huitième et toujours par temps de pluie. Mais que fait la police !!!

-         Abruti ! Je pense. La police c’est toi…. Je me confonds en plates excuse –je me déteste ! -,le rassure ; lui promets que l’assassin a perpétré le son dernier méfait et qu’il sera bientôt sous les verrous…

Je me retire, toujours aussi rampant, quel cafard je suis…

C’est pas le tout, je regagne mon bureau. Budé est totalement dépité ; rien absolument rien, pas un indice. Calibre courrant, pas de lutte, pas d’empreintes, la pluie…

Mince que je pense ! Qu’est-ce qu’on va faire ? Et l’autre condé général qui nous les brise menu.

-         Budé, je dis, je dois convoquer les autres inspecteurs. Il faut faire quelque chose ; et vite !

 

Tout le monde de bon ou de mauvais gréer est arrivé dans la pièce un peu surchauffée.

-La météo ? Je demande.
-Encore de la pluie ; m’annonce l’inspecteur.

-         Donc des chances d’une neuvième ! Que je lance agacé !

-         Fort probable, dit piteusement Budé.

Qu’est-ce qu’on va faire ? On peut tout de même pas quadriller toute la ville. De plus pas un indice… Pas une trace qui laisserait penser à un détraqué ; de ceux qui on besoin d’un cérémonial : des bastos dans le buffet et point final ; hommes femmes enfants sans discernement. Certes notre individu doit pas tourner rond mais assez pour ne pas laisser une carte de visite.

 
III.
 

Ce soir je m’y colle à nouveau avec Budé. On va déambuler en voiture dans les quartiers, comme d’habitude et on verra bien.

-         T’as pas prévu l’imper ? Que je lance à budé !

-         Un peu, qu’il dit, chef.

-         Et les parapluies ?

Il jette un regard anxieux autour de lui. Il stoppe la voiture, se précipite vers le coffre.

-         Pas de parapluie chef !

-         On est bien, je soupire…

La soirée n’est pas folichonnement amusante ; surtout que Budé nous a collé France M…, concert spécial épinette. Pour réveiller c’est pas ça ! De temps à autre, pour garder la vigilance, j’appelle les autres voitures. Tous on l’air aussi dans l’emmuisement total. Peut-être qu’il n’y aura rien ce soir ?

 
IV.
 
Deux heures du mat., j’ai froid et faim…

-         Budé ? Dis-je ; tu voudrais bien sortir et nous chercher de quoi grignoter ?

C’est pas enthousiaste que Budé accepte mais il y va tout de même.

La pluie est toujours aussi battante. On s’est arrêté devant un chinois (les seuls qui restent ouverts toute la nuit…Pas légale ; Mais enfin.). Budé s’extrait de l’habitacle, ressert son paletot et se hâte vers le Chinois. Au bout de quelques instants il ressort les bras chargés. Tout d’un coup un type s’arrête à sa hauteur et lui demande quelque chose. Budé fait signe de la tête que non et, aussitôt, avant que j’ai pu réagir, l’autre sort une arme et canarde…

Budé s’écroule…Moi je reste pantois ce qui laisse à l’individu le temps de s’évaporer.

Enfin je sors essaye de le courser, rien affaire il a bel et bien disparu.

Je reviens sur mes pas. Budé a son compte. Je l’aimais bien…Et merde ! J’informe les collègues et tout le tralala recommence.

Cette fois je suis remonté.

Je rentre au poste et fais moi-même le rapport. Tiens le Manitou est là ! Je vais frapper à sa porte² ; il m’invite à entrer. Il est trempé.

-Incroyable ce temps, dit-il, et impossible de trouver un parapluie !

-         C’est vrai, que je réponds. Vous savez chef que c’est Budé qui c’est fait descendre. ?

Le Boss acquiesce de la tête ; il s’assied à son bureau et commence à griffonner quelques trucs. Il ne semble plus vouloir me parler, alors je m’éclipse.- Nous partons ensemble ? Me demande le Manitou..

-         Avec plaisir que je lui réponds en me pinçant les lèvres.

Je regagne mon bureau et commence à rédiger mon rapport.
Une demi-heure s’écoule, quand on frappe à ma porte.

-         Ouais ! Je gouaille nerveusement….

-         Nous pouvons partir ? Me demande Manitou.

Mince ; je radoucis le ton.

-         Avec grand plaisir Monsieur que je dis pompeusement.

J’enfile mon imper et nous voilà dans le corridor. Il pleut toujours autant.

-         J’aimerais que nous fassions quelques pas à pied me dit le Boss.

-         J’ai ma voiture ; je dis en hésitant.

-         Non, un peu de marche nous fera le plus grand bien…

 
V.
 

Nous voilà sur le pavé, battant nos semelles sur l’asphalte détrempé. Nous marchons quelques instants quand le Manitou me demande :

     - Ne trouvez-vous pas que par un temps pareil il faudrait avoir un parapluie ?

-         C’est plus prudent que j’acquiesce.

-         C’est drôle mais je n’en ai jamais eu, que me dit le Patron. Ils ont toujours été pour moi un objet de répulsion.

-         Ah bon ? Je me contente de répondre.

-         La raison n’est pas compliquée, poursuit-il. Lorsque j’étais hospitalisé, ils faisaient passer les détraqués incurables sous la douche froide en forme de parapluie. Depuis ce temps je hais les parapluies et ceux qui en possèdent sont pour moi source de danger.

-         Vous étiez hospitalisé au pavillon…Que je demande intrigué ?

-         Oui comme infirmier avant de rentrer à l’école de Police.

 

La vache ! Il pleut de plus en plus et moi qui n’ai pas de parapluie. Le patron sans doute non plus. Nous continuons notre marche quand le Manitou me questionne :

-         Vous auriez un parapluie mon cher Jules ?

-         -Non, je lui rétorque ; je l’ai oublié dans la voiture.

Le Boss semble se calmer même trop se calmer. Il porte doucement sa main au veston, en sort un calibre et fait feu sur moi à plusieurs reprises…

- Mon pauvre Jules que dit tout bas le Boss. Je t’ai dit que qui avait un parapluie étaient dégénérés…

 
 
 
 
par cafre publié dans : cafre
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