La corde
Blême désolation
De la blancheur des corps
Léthargie en plein cœur
Qu’ai-je donc fait
A cette vie simiesque
La neige monotone
En couches m’assujettit
M’effondrant de tourments
Ce soir seul couché l’œil
Fixé au plafond las
Je regarde les mots
Qui volent et me survolent
Malades et flétris
D’un geste qui étonne
J’en saisis un au vol
Le fixe intensément
Laisse l’alchimie qui agit
Il se transforme enfin
En mot charmant qui décolle
Je ne regrette rien
Mon geste de folie
La métaphore rebondit
Chasse la mélancolie
Mais le songe inquiétant
Rôde
Erre serre obsédant
Devant la porte il cogne
Non je ne l’ouvrirai pas
Il frappe et réitère
Je sais qu’il parviendra
A en franchir le seuil
Et il m’envahira
De symboles esthétiques
Qui viendra à mon aide ?
Derrière la porte résonne
En un sarcasme osseux
La solitude odieuse
Grinçante sans vergogne
Que reste-t-il à faire
Sur le plancher deux boîtes
Tranxène et valium
Vais-je les prendre ou bien
Elle serait trop heureuse
L’infatigable Faucheuse
Non tu es double mort
Aussi je te défie
Avant que tu n’accède
A ta vile besogne
Je nouerai à mon ombre
La corde du sommeil
Et autour de mon cou
Lentement la glisserai
Intrépide je serrai
Et la corde m’étouffera
Mon ombre disparaîtra
Tu prendras ce cadavre
Tu glapiras de joie
A l’odeur du cimetière
Et de la fosse commune
Des larmes de Job
On jettera
Ton cerveau déréglé
Est bien triste pendule
Tu t’enrhumes à courir
Dans les pâleurs nocturnes
Pour m’emporter ce soir
Qu’un erroné cadavre
Vieille aveugle abhorrée
Je serai déjà loin
Dans l’immortalité
Tu tenteras ô défunte
Un dernier coup de main
Mais mon humeur farouche
Aura raison de toi
Les rayons du soleil
Qui raseront la plaine
Aveugleront ta haine
Et te consumeront enfin
Alors je pourrai dire
C’est moi qui t’ai tué…