Le doublonComme d’habitude on relève son courrier quotidien avec son lot d’éternelles factures et autres lettres désobligeantes…De moins en moins la correspondance s’écoule car notre époque vie à l’époque de l’informatisation et de ses possibilités d’échanges correspondancières ! Moi aussi j’en suis atteint mais il faut dire qu’en temps réel cela est plus pratique…Néanmoins une missive manuscrite peut parfois déclencher un de ces échanges devenant à mon sens la nouvelle écriture épistolaire, n’en déplaise aux puristes…
Comme à l’accoutumé, en fin de matinée, j’allais relever mon courrier et son lot de fastueuses lettres dérilictives. J’ouvris la boîte et me saisis d’une abondante liasse d’enveloppes et d’inévitables publicités. J’emportais-le tout puis regagnais l’appartement…Je regarde subrepticement ces poulets dont l’un d’eux, manuscrite, attise ma curiosité… Je me hâte de l’ouvrir…Je fus un peu surpris ! Et surtout déçu en m’apercevant qu’il ne s’agit que de l’un de ces écrits de « chaînes » de l’amitié. Marri j’allais froisser le papier quand une apostille retînt mon attention :
« Tu ne me connais pas mais moi si et même très bien ! Retrouve-moi sur l’adresse suivante cafre@tanagra.fr. » »
Je suis circonspect voire plus car c’est ma propre adresse messenger…Je réfléchis quelques instants et puis mis la lettre de côté : je m’en occuperai plus tard. Je posai la lettre machinalement sur un coin du bureau…
L’après-midi arriva et j’ai invité Pélanie à venir boire un café calva. Je suis donc allé la chercher et quelle chance elle s’en rappelait ! Une fois chez moi on s’installe sur des poufs marocains de part et d’autre de la table basse en tek. Je m’affairais à couler le breuvage et la rejoins en attendant.
-Tu sais Pélanie que je lui dis, j’ai reçu une drôle de lettre ; Enfin celle d’une chaîne de l’amitié mais le bizarre, là je prends un air plus sérieux, il y a ma propre adresse msn au dos avec un petit ajout : « Tu ne me connais pas mais moi si… »
Pélanie me regarde suspicieuse, pensant sûrement que je me ris d’elle.
- C’est quoi ce délire ? Qu’elle rigole !
- J’en sais rien, je rétorque vaguement, mais c’est troublent ; Même si c’est une connerie.
Le café est passé ; on s’en sert deux tasses bien remplies et j’entame :
- Ca me fait un peu rire ! Mais si on allait jeter un œil après ? Ok ?
- - Si tu veux, me dit-elle en soupirant.
-C’est pas possible que je dis à Pélanie, ma propre adresse peut pas fonctionner en concomitance avec la mienne !
- Tu sais, répond Pélanie en haussant les épaules, moi l’informatique, plutôt nulle
Bon ! J’insiste pas trop, me connecte sur msn … Quelques instants et je tape une nouvelle adresse : Ça fait un peu bizarre de renter sa propre adresse, mais je sais parfaitement qu’il y aura refus…Tout se déroule normalement, pas de refus et le nouveau correspondant apparaît dans ma liste avec mon propre pseudo…Je clique deux fois dessus et comble du comble, une page conversation s’imprime sur l’écran, avec ma propre photo et au-dessus. J’e=n reste pantois, scié et totalement dubitatif…
-Tu vois que je te connais, je suis ton alter ego…
Mais le texte se rallonge comme une table qui attend d’un pied ferme de nombreux convives.
-Je suis ton reflet, ta psyché, ton reflet-refletant, ton Hyde, ton Horla. , ton Ombre…
Hyde je connais par Jeckyll, le Horla c’est Maupassant ; mais Ombre ?
- C’est L’Homme qui a perdu son ombre de Chamisso.
- Et mince c’est vrai ! Je rajoute secoué comme une balle de coton
J’arrête le pc quelques moments et le relance…Une nouvelle fois me rends sur msn…Rien n’a changé…Une nouvelle phrase au contraire s’inscrit comme une férule sur les doigts d’un enfant.
- Arrête tes conneries Vierleux ! Que je vocifère devant l’ordi ! En tapant sur les touches graisseuses du pavé.
L’écran reste, il l’est d’ailleurs, plat un moment puis une nouvelle phrase s’aligne.
- Tu sais bien Cafre que Vierleux n’a pas d’ordinateur…
Je ne me convaincs pas que je m’adresse à mon –étant parallèle ; c’est fou que je pense en moi… une idée me vient et je piannotte sur le clavier :
- Tout le monde à un ego ?
- Non pas tout mais toi oui en particulier.
- Pourquoi moi ? Que je poursuis sur l’écran ?
- Ton destin égotique…
Là je ne saisis pas trop bien… Je m’affole et Pélanie voit que je commence à fulminer ; Elle me prend la main et appuie avec l’autre sur l’interrupteur de l’ordi.
C’est quand même effarant çà c’est sûr. Il faudra que j ‘en parle au psy. .
Je dois délirer et Pélanie aussi : hallucitanions collectives.
De la journée, puis de la soirée je ne ré allume pas le pc et je n’y pense même plus tant Pélanie et Goeffrey m’ont fait rire avec leur dialogue de sourds : l’un renvoie l’autre à ses plates bandes…Dieu merci ça ne se termine jamais en pugilat…
Matin plutôt maussade, nappes de brouillard et crachin réfrigérant. Je me lève engourdi encore par le sommeil… Pélanie dort sur le canapé que je vois quand j’entre dans le salon, elle baragouine quelque chose et se rendort. Je n’ai pas cessé par contre toute la nuit à l’ordi et en cette matinée mon esprit en est encore tout encombré. Je vais direct au bureau et enclenche l’ordi…
Non ce n’était pas une hallucination ! Mon pseudo figure toujours sur la liste des connectés. Je clique et tape une banalité.
- Salut !
Quelques secondes suffisent pour qu’une réponse apparaisse :
- Déjà levé mon cher moi ?
J’hésite un instant, me frotte les yeux. Bon un double c’est quoi finalement, si ce n’est qu’une partie existentielle du pour-soi. J’ai maintes fois discuté avec le psy. Et toujours il me disait : « N’hésitez pas à dire ce qui vous traverse l’esprit… » Après un laps de temps je tapote derechef sur le clavier :
- Est-ce que tu es ou n’es pas ? Existes-tu pour me pourchasser ?
Encore un instant se déroule où je vois s’inscrire en bas que « Cafre compose un nouveau message. »
-Je suis pas autre, je suis toi et tu es moi…Si j’étais autre je n’aurais d’intérêt pour toi dans la mesure où je serais un autre inconnu… Je ne suis pas ta conscience car tu en as très peu, je suis ton toi exhaustif.
-Mais moi, que je tape immédiatement, n’a pas d’autre moi dans la mesure où je suis unique. Voilà qui est balancé que je pense
- Tu n’es pas unique : tu es inique et égoïste…
- Impossible ! Que je pense ! Tout ce que j’ai je le partage ; je serais plutôt altruiste que je me pense. Impossible que je marque car Moi je suis tout le contraire de ce que tu écris !
- Oui c’est pour ça que je suis ta psyché, ton reflet-reletant, pas ton négatif mais ton pour-soi qui pense être libre et ouvert, alors que tu es tout le contraire !
- Négatif que je réponds. Pas un de mes actes n’est ce que tu dis…
- Inconsciemment si ! Qu’il réplique du tac au tac ! Ton existence n’est pas liberté, mais que tu le saches ou non cela revient au même. Introspectivement tu ne cherches pas l’autre et acceptes d’être un autre toi qui es bouffi d’angoisses.
Les angoisses d’accord ! Que je pense mais ce soi-disant autre-moi, je vais lui régler son compte ; il raconte n’importe quoi… Fièvreusement j’accède au progrmma de nettoyage de disque et clique sur la fonction effacer les fichiers doubles. Ca ne prend que quelques secondes… Plus de fichier double, plus de doublon !
Je reviens sur messenger et je suis satisfait, mon « doublon » n’apparaît plus, n’existe plus… Moi je ne suis pas Jeckyll pas le Horla qui suppose-t-on, on peu être éradiqué … Moi je l’ai anéanti lui et pas moi… Et j’en suis parfaitement orgueilleux !
Je m’en vais quitter l’ordi. ,Quand une petite fenêtre s’ouvre en haut à gauche de l’écran ! « Un nouveau correspondant demande à se connecter : cafre… »
Je clique alors sur REFUSER…La fenêtre s’estompe…Mais quelque seconde suffisent et : « Un nouveau… .| Novembre 2008 | ||||||||||
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