Mardi 5 septembre 2006
Le collier
 

La tempête faisait rage en ce jour de soleil ( Quel doux oxymore !) Alors que je me rendais chez Did un ami de longue date. J’avais, quelques heures auparavant, pris le volant de ma twingo, valeureuse voiture, en ayant encore les yeux engourdis par le sommeil d’un levé difficile, à la veille mouvementée. Alors que mon attention n’était pas au plus vigilant, une forme incertaine traversa avec célérité la chaussée déserte. Je n’eus que le temps d’écraser la pédale de frein et de voir un individu s’arrêter au bord de l’asphalte. Comment le décrire si ce n’est que cette particularité : sa grande taille… Et de porter à son cou un bien étrange collier argentin.

Bien réveillé à présent je m’expulse de la voiture et me dirige vers lui, bien décidé à le vilipender ; mais à mesure que je progressais, je le trouvais si pitoyable que mon feu s’éteignait de lui-même.

-        Vous êtes fou ma parole ! J’aurais pu vous tuer ! Dis-je avec un fracas de voix presque délicat.

Tout d’abord il me scruta puis, me regardant fixement dans les yeux et me lança dépité :

-        Si vous saviez…

 
I.
 

-        C’est pas à toi de jouer ! Que je dis sans ambages !

-        Mais si vas-y ! Et arrête de râler !

Finalement je consentis à abattre la carte sur le plat de la table et à crier : «  belote, rebelote et dix de der… !

     -Evidement ! Me lança Vierleux en maugréant, c’est toujours toi qui l’as…

Marot son chien galeux et incontinent vînt se frotter contre ma jambe pour réclamer sa biscotte : C’est toujours ça qu’ils nous donnent pour la collation à l’hosto.

-        Bon ! Moi je dis, marre de jouer !

Je hélai les cognes, comme je nommais les infirmiers, qui s’entretenaient dans la salle de soin… Pas de boulot, je vous rassure…. loll

-        Est-ce qu’on peut sortir ? Faire une p’tite ballade dans le parc et à la cafete. ?

Ils se questionnent mutuellement du regard et l’un des deux fini par se lever, tire de sa poche le passe et ouvre…

-        Allez ! Dehors ! Et de retour à dix-huit heures ! Ok ? .

La lourde porte s’ouvrit assourdissante et laissa du même coup s’infiltrer un air du dehors que nous connaissons si peu…

Vierleux ne s’était pas joint à nous, se plaignant de sa hanche arthrosique ; alors nous n’étions que phil, un ancien collègue et ami de boulot, qui m’accompagna. C’est vrai que Phil et moi avions exercé dans le même lycée et fini par peter un câble à peu près à la même époque ; et pas du tout à cause des élèves…

L’air était suffocant ce jour là ; plus de trente huit degrés à l’ombre… Mais nous tenions cependant à notre petite promenade pour fuir la platitude atemporelle qui règne le dimanche au pavillon déserté tant par les blancs ( les cognes) que par certains patients.

Nous venions de décider de faire le tour du parc à petits pas et qu’après un petit arrêt devant le petit étang, là où Mateoli, un corse, avait posé des collets à poisson rouge, nous ferions une longue halte à l’ombre du vélum de la cafete ; même si la chaleur devait y être encore plus astringeante.

Malgré une légère brise, un föhn plus précisément, nous ruisselions comme les cataractes montagneuses… Nous marchons depuis moins de cinq minutes quand Phil me demande :

-T’as vu la nouvelle ?

-Non ! Pas encor ! Dis-je en épongeant mon visage avec mon mouchoir crasseux. Pourquoi ? Que je lui demande ?

-        Elle prétend qu’elle est la fille de la reine d’Angleterre et qu’elle fait partie de la CIA, qu’il lance en tapant son index contre sa tempe…

Je souris malgré moi, car dans cette institution, quelle que soit l’atteinte mentale on est tous dans la même galère : l’Ennui…

Phil lui ne peut pas s’empêcher de se marrer à gorge déployée … !

Dix minutes après nous arrivâmes à l’étang verdâtre où pataugent quelques canards ? Je remarque dès que nous ne sommes pas seuls à avoir eu cette idée. Je suis tout de suite frappé par la très grande taille du type et son visage crispé. Il est debout en pleine cagne, les mains croisées derrière son dos et le regard vide. Mais quand nous fûmes à sa hauteur il m’interpelle :

-        T’aurais pas une clope ? Qu’il me sollicite d’une voix lancinante ?

C’est vrai que les tiges ici c’est denrée rare ; un luxe. Je n’en ai plus beaucoup, j’hésite et puis marre j’en attrape une du paquet et la lui tend. Sans férir il la saisit avidement et en même temps me prend la main et me souffle :

-        Tiens ! Il enlève ce collier qu’il à pendu à son cou, c’est pour toi ; il était à Gulliver.

-        Non ! Faut pas ! Que je réponds ! Si, si ! Insiste-t-il.

-        Ok ! Je rétorque en prenant le collier.

C’est une sorte de torque comme je l’ai dit pas en métal mais en argent serti si je ne m’abuse de turquoises resplendissantes. Je l’admire longuement avec des yeux d’enfants tout en m’éloignant avec Phil. Gulliver ? Pourquoi Gulliver ? Que je me questionne intérieurement !

-        C’est pas de la merde de cochon ( lisier que je me dis) que me dit Phil d’un ton sifflotant.

-        Non ! Ca a l’air précieux que je rétorque absorbé d’admiration et d’interrogations qui s’éventent tout aussitôt que nous parvenons à la cafete, où nous nous installons sous la toile non sans difficultés, les places à l’ombre sont chères…

 
II.
 

La soirée avait été mortelle, repas, fumoir, discussions, télé et dodo vers 23 heures. Mais c’est le lendemain matin que se produisit un bouleversement insignifiant sans doute, mais qui mérite d’être rapporté…

J’émergeais d’une léthargie somnifèrique avec pour la sempiternelle fois la tête dans le cul…

 J’allais bon gré mal gré me lever( à l’hosto faut être debout pour huit heures max.) Quand je constatais que mes jambes touchaient le fond du lit en bois plein, alors que d’habitude j’étais à l’aise…Là je me sentais à l’étroit… Enfin… Je parvins à me glisser hors des draps et poser un pied à terre, pour finir par y mettre les deux. Assis, les yeux mi –clos, je relevais tout mon corps hors du pieu. Je me dirige claudiquant vers la salle de bain, la pièce est sombre car les volets son clos, et soudain je sens que mon front vient de heurter quelque chose de rudement dur… C’est le mur de l’entrée…. Un peu sonné, je trouvais cependant l’interrupteur. Ca réveille le voisin qui baragouine quelque chose…. Mais m’en fou…Merde alors que je me dis, j’ai la tête qui est bien au-dessus de la porte coulissante de l’entrée de la salle d’eau : j’ai Grandiii.

Comment cela se faisait-il ? Bon je me pliais un peu et accédai au lavabo où je m’aspergeais le visage d’eau froide, histoire de récupérer les esprits…Je repensais à ce collier que j’avais encore autour du cou…Et surtout cette phrase :  « Il est de Gulliver ! »

D’un seul coup ma mémoire se remémore (doux pléonasme mais apodictique) mais bon sans c’est b… Swift ! Les voyages de Gulliver…Quel niais que je fais ne plus me rappeler ce roman…Mais ce n’est qu’un roman…Quel rapport avec le collier… Moi si cartésien j’en perds quelque peu mon latin…Est-ce une réalité ? Je me redonne un coup d’eau froide, rien n’y fait…

Comme lui je me retrouve d’une grandeur anormale… Ce qui m’inquiète c’est que notre cher Gulliver c’est lui aussi retrouvé un moment Lilliputien ! Rétrécir ? Ah ça non !

Une fois habillé…rassurez-vous, je m’étais douché auparavant… J’allais au petit déj. Et vis que Phil me regardait drôlement. Il m’en touche deux mots…

-        Pas l’temps t’expliquer que je lui réponds ! Il faut qu’on retrouve ce type…Celui de l’étang…

 
III.
 

Aussitôt que cela fut possible, j’embarquais Phil avec moi pour sortir ; en espérant que personne n’ obbserverait ma transmutation, et retrouver ce grand type dispenseur d’aliénations mentales. Je devais lui rendre son collier, m’en débarrasser ! J’avais expliqué à Phil l’histoire imaginée par Swift mais il n’a pas vraiment capté grand chose : lui! Les Lettres! …Je n’insistai pas et le traînais à mes pas. Il me fallait à tout prix retrouver ce type ! Mais où ? Comment ? Ce matin là nos recherches furent vaines. Il faut dire que dans la matinée il n’y avait guère d’âmes dans le parc et la cafete closed. C’est un peu marri que je rentrai au pavillon pour le repas de midi. Mais cette après- midi les recherches reprendront.

Treize heures trente, nous pouvons sortir ; ce que je m’empresse de faire seul car Phil a de la visite.

Je me rue dans les allées bitumées du parc et plus que je ne marche, je me précipite direct la cafete. Là-bas si je n’arrive pas à dégoter un renseignement ou le trouver je serai perdu…

J’atteins la cafete. Quelque peu essoufflé et me dirige droit un groupe dont je connais quelques têtes.

-        Salut tous ! Que je dis sans ambages bienséantes ! Personne de vous ne connaît un type immense qui portait ce collier que je tends en le montrant ?

Tous se concertent intérieurement et extérieurement et finalement me répondent à la négative. Je n’insiste pas, pas le temps ! Je poursuis mes investigations hasardeuses sans plus de succès quand je me dis que le blanc qui s’occupe de servir au comptoir lui pourra peut-être ? …Aussitôt pensé aussitôt élancé vers le bar ; Par bonheur il n’y a personne qui se fasse servir. Un peu affable je demande tout de suite à Dédé, le blanc serveur :

       -   Dites Dédé ? Vous ne connaîtriez pas un type immense à l’air falot ?

Il semble réfléchir se tenant le menton puis me répond sans hésiter :

-        Je pense que ça doit être Rob.

-        Et j’peux l’trouver où ? Que je me précipite de demander en mangeant la moitié de mes syllabes ?

-        Oh il doit être au pavillon 25 ! Je pense mais pas sûr à cent pour cent…

Je n’écoute pas même la fin de sa phrase, je suis propulsé, Ariane, hors du bâtiment vers le 25…

Arrivé, je sonne – Les pavillons ne sont pas tous ouverts- Je piétine, on tarde ; puis une clé, une silhouette :

-        C’est ?

-        Oui je cherche Rob s’il vous plaît madame ? J’exagère un peu la politesse.

-        Rob ? Il est parti il n’y a même pas une demi-heure qu’elle réplique.

-        - Et vous savez où que je m ‘empresse de demander ?

-        Oui chez lui !

-        Mais c’est où chez lui ?

-        A Thann !

-        Vous savez comment il est parti ?

Son visage se renfrogne, elle devient soudainement suspicieuse mais elle finit tout de même par me répondre :

-        A pieds…

-        M’rci que je lui dis rapidos.

-        Me voilà tel un alezan courir à travers le parc, franchir la grille d’entrée et galoper à travers les vignes puis les champs pour aller plus vite et puis…

 
Epilogue.
 

-        Voilà toute l’histoire ! Me dit ce grand type. Vous n’allez pas sur Thann qu’il me poursuit à dire ?

-        Oui ! J’y passe ! Je peux vous y déposer si vous le voulez ?

-        Oh que oui ! Répond mon étrange personnage avec contentement..

Je l’invite donc à monter dans le véhicule quand il me dit en me dit en prenant le collier autour de son cou :

-        Tenez ! Pour vous remercier…

Je ne réfléchis pas ; Swift, Gulliver, je connais… Pas besoin de m’expliquer deux fois…Là je le plante et démarre en trombe…
par cafre publié dans : cafre
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