Capitaine
Capitaine au long cours
Tu embarques chaque jour
Sur ton vaisseau vermeil
Qui t’éloigne de moi
Et t’emporte fidèle
Vers tes sages desseins
Que ne suis-je le mousse
Le marin quartier maître
Pour hisser avec toi
La grande voile le hunier
Le perroquet de fougue
Qui agite mes bras
De ne voir l’horizon
Ton navire toucher terre
Je guette de la terre
Les vagues floconneuses
A craindre chaque jour
Creux hideux déferlantes
Qui briseraient l’élan
De ta fière présence
Le regard tuméfié
De lacrymaux hublots
Moirant dans l’amertume
Une coque rompue
D’un désastreux naufrage
A la grâce divine
J’exècre les cimetières
Où de noirâtres plaques
Aux tombeaux esseulés
Rappellent en instances
D’impitoyables sentences
A disparu en mer
Je redoute j’abhorre
Cette funeste idée
D’abliers remontés
Vides abandonnés
Une chaloupe veule
De l’équipage perdu
Capitaine valeureux
Qui refuse de quitter
Sa carcasse fumante
Sur le point de sombrer
Je hisse sur la dune
Une oriflamme pourpre
En embrase un bûcher
Aux mille feux ardents
Je confère aux bourrasques
Mes confinés secrets
Du haut de la falaise
J’époumone ma rage
De n’être sur le pont
Avec toi capitaine.