
La stupidité de mes propos m’étonne beaucoup que je dis à Henry circonspect et bien plus encore. La vie m’a toujours tenu un discours scolastique et je lui en veux que je rajoute à Henri qui se tient à peu près droit à côté de moi.
- Ecoute cette histoire mon pote et tu comprendras mon amertume …
Ethony me regarde et ne sait que penser. Il ne semble pas vouloir engager la conversation avec moi ; cela le met à chaque fois dans des états proches de la catalepsie, alors se contentait de hocher la tête et moi de continuer à parler. Ce matin là quelque chose de grave me préoccupait. En effet le collège où nous enseignons Ethony et moi avait été le théâtre d’étranges incidents. Je les remémorais rapidement. Deux élèves avaient été surpris à travailler en salle de jeux vidéo…Plus tard, me raconta un surveillant, deux autres élèves avaient été exclu de classe pour avoir fait leurs devoirs et trois autres pour avoir répondu pliement à leur professeur…Où va-t-on ? Me suis-je demandé ? Ce genre de phénomène n’existe plus depuis quelques décennies, et la réhabilitation de ce type de fonctionnement nuirait gravement à l’équilibre politico culturel de notre pays… Quelle anarchie !... J’en touchai deux mots bien choisis à Ethony qui n’émit qu’un grognement guttural qui ressemblait en gros à : « On est bien !....
- Tu parles que je lui dis ! On est bien…C’est la galère oui. Tu verras que je rajoute, qu’avec ce genre de dérapage on va se retrouver à l’ancienne, nous qui avons mis tant et tant à nous adapter à nos nouvelles fonctions…
Les jours qui suivirent augmentèrent mon alarme. Je lus en effet dans « Le petit Capésien » que dans diverses académies plusieurs phénomènes similaires s’étaient produits et que devant l’ampleur des faits, on craignait une généralisation rapide du mouvement.
J’arrive au bahut surexcitées,c’est dans un tel état que je retrouve mes collègues du collège « NTM »rebaptisé ainsi , « Gustave Flaubert » faisant trop ringard.
J’eus la satisfaction cependant avant d’entre dans la salle des profs aux portes blindées, d’entendre les habituels et rassurants : « Enculé de ta race »… » Ta mère la pute… »Et d’autres encore aux consonances rassurantes Ethony était en grande conversation agitée avec Evane, professeurs de verlan, charmante et fraîche. Je m’immisce dans la conversation qui s’était telle une flaque, répandue autour de moi. Tous y vont de son couplet. Las d ‘entendre les mêmes récriminations je demande le silence, non sans mal…Le brouhaha se tarit et je commence mon discours improvisé :
- Les choses commencent à aller mal ! Que je dis, si maintenant les élèves se mettent à être polis et travailler, notre raison d’être n’est plus ! Rendez-vous compte ! Si nous n’étions pas là pour les jeunes adolescents, cette autorité à laquelle ils peuvent se confronter, qui le ferait ? Où aiguiseraient-ils leurs premières dents, sur la police qui a fini par se robotiser ? Les machines sont froides ; nous, nous sommes humains. Nous ne pouvons que craindre de voir notre travail remanié à l’ancienne. »
Tonnerre d’applaudissements. Tout le monde est d’accord pour une fois. Ethony se rapproche de moi, me tape sur l ‘épaule et me lance un grand sourire.
- Ca c’est parlé qu’i l me dit ; pour une fois que je ne m’endors pas !
- La sonnerie retentit.
Chacun sait qu’il peut rejoindre sa classe sous les hués, les quolibets, les injures, les menaces. S’énerver, avertir, punir, coller et le tout pour rien ; quelques collègues sont déjà sortis… Je m’attarde un peu…
Je sors, chose bizarre, les couloirs habituellement houleux sont calmes. Je presse le pas dubitatif, pour arrivera ma salle de classe. Pas d’élèves alentours. Encore plus bizarre, je pénètre stupéfait dans la salle et je suis cloué au linoléum : tous les élèves sont assis et se lèvent. Béa, je les regarde, ils restent tous debout. Je vais à mon bureau, pose mon sac et m’assieds. Comme un seul homme les trois rangées font de même dans un silence impérial. Ahuri je les regarde ; ils restent toujours silencieux. Ils ont devant eux un cahier et semble attendre quelque chose ! Quoi ? Je commence à avoir des sueurs froides. Mais qu’est-ce qu’ils veulent ?
- Elle se termine comment ton histoire ? Que me demande Henri mon pote de la cloche qui finit son deuxième litron en boîte.
- Ben ! je dis ; je suis là avec toi aujourd’hui. Comment voulais-tu que je leur apprenne quelque chose à ces « merdeux », j’ai même pas eu à l’époque mon brevet de collèges et j’ai pas été formé à ça moi…
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