Jeudi 28 septembre 2006
La crémaillère
 

Il faut toujours un trouble fête qui vienne gâcher une soirée et ce soir là ce fut moi, accompagné de Vierleux et de Joachim mes inséparables compères. Judith nous avait, l’avant veille, invité pour sa crémaillère : faut dire qu’on en avait sué pour la déménager…

-        Tu n’es qu’un crétin ! Me lança farouchement Judith, les larmes aux yeux.

-        Mais…

-        Tu n’es même pas capable et en plus avec tes deux imbéciles, elle désigna du doigt mes deux compères saouls comme des barriques, de respecter les fêtes des autres.

-        Mais…Je repris hésitant…Je ne l’ai pas…

-        Fou le camps ! Allez zou ! Qu’elle me signifia en me montrant la porte d’entrée. Et n’oublie pas tes deux déchets…

Pourtant tout avait si bien commencé…
 
I.
 

Il est huit heures, coup de sonnette, je reconnais cet appui lourd et insistant c’est Vierleux…J’ouvre, bingo ! C’est Vierleux avec Marrot son clébard incontinent.

-        Entre vite ! Je dis. Faut que j’me termine ma beauté.

Vierleux secoue la tête, navré et pousse Marrot dans le vestibule.

-J’te laisse, sais où est la bière !

Je me demande pourquoi je le lui dis car il connaît parfaitement.

Je termine d’enfiler mon pantalon ; deuxième coup de sonnette.

-        C’est Joachim que je crie à Vierleux ! Va ouvrir !

J’entends les deux discutailler dans la cuisine mais je n’entends pas vraiment ce qu’ils peuvent bien se dire…

Voilà je me suis rasé…J’suis quand même beau, bonjour les chevilles lol, que je me mire dans la glace de la salle de bain. Bon allé ! Faut bouger ! J’embarque mes deux amis, pas Marrot, il est trop insupportable et je sais qu’en rentrant je pourrai éponger la pisse ; et nous décollons, direction appart. Avenue Foch de chez Judith, bel appart d’ailleurs quartier chic…

Je gare la voiture…Vierleux et Joachim déjà bien faits sortent et m’attendent chancelant. La bicoque est énorme ! Encore plus impressionnante qu’en plein jour. Des lumières multicolores fusent de toutes les fenêtres et la musique techno, bat son tapage nocturne. Je sonne et j’insiste parce que je sais qu’ils n’entendront pas. Je me trompe…J’ai pas même effleuré le bouton qu’on m’ouvre… Purée ! Que je pense, c’est comme dans Le Grand Maulnes, tout le monde est déguisé sauf nous…

-        Mais…Euh ! Que je bafouille à Judith, tu m’avais dit…

-        C’est pas grave ! Qu’elle rigole ; entre avec tes deux déchets

C’est vrai, elle ne les aime pas trop. Faut dire qu’ils sont pas vraiment sortables...Faut dire qu’en plus ils sont bourrés. On entre tous les trois et je me sens un peu gêné face à tous ces gens sapés carnaval. Des cotillons, des serpentins, des tulles, des confettis, enfin ambiance comme je l’ai dit Grand Maulnes, que je m’attends à voir apparaître d’un moment à l’autre. On se fraye un passage pour aller jusqu’au buffet ; c’est vrai qu’il fait faim ! Pas encore mangé ! Vierleux et Joachim dévorent. Moi je goûte ! Ce qui nous différencie.

 
II.
 

-        …Oui cher ami ! C’est une syllepse oratoire ; Parfaitement ! Que dit un type à un autre.

Je saisis le mot au vol, il me plaît mais je ne sais pas ce que ça veut dire !

-        Eh ! Joachim ! Que je lui demande, c’est quoi une syllepse ?

-        Le Joachim, même s’il en a pas l’air et qu’il est bourré, il en sait des choses…

-        « Après avoir souffert, il faut souffrir encore. » Qu’il répond ; en hoquetant…

-        Quoi ? Mais rien à en tirer d’autre ; il est déjà parti, s’enfonçant dans la masse des convives…

En le regardant partir, je me retourne brusquement.

-Mince ! Vous pouvez pas faire attention ! J’en ai partout maintenant…  

Je venais de bousculer une jeune femme qui avait vu sa robe de Blanche Neige se maculer de sangria.

-        Des plates excuses que je marmonne maladroitement.

Elle soupire et hausse les épaules…

Je n’avais pas tout de suite remarqué mais elle portait un loup et je ne distinguais que ses yeux d’un vert jade profond. Elle me regardait un peu furibonde mais se calma rapidement.

-        Mille excuses ! Que je bafouillais encore…Aucun autre son ne pouvait sortir de mon gosier.

Doucement elle commença à sourire. Elle se moquait de ma gaucherie ; puis d’un geste elle me tendit sa main.

-        Anne- lise, dit-elle d’une voix posée et fluette cette fois- ci.

-        Euh…C… ! Je répondis hésitant, en lui serrant tant la main qu’elle poussa un petit gémissement.

-        Pardon ! Pardon !

Elle se mit à rire un peu car j’avais vraiment l’air stupide.

-        Qu’est-ce que vous attendez pour me chercher un autre verre ? Me lança-t-elle vivement.

-        J’y vais, j’y vais de ce pas…

Je me projetai rapidement au buffet et revînt la trouver avec peine, un verre à la main.

-        Tenez ! Mademoiselle enfin Anne- Lise ?

-        Oui Anne- Lise ! Elle rajouta. C’est quoi ce nom bizarre que vous avez ?

-        Oh ! C’est mon surnom. En fait je m’appelle …

Je n’eus pas le temps de prononcer mon nom que quelqu’un me bouscula ; l’homme à la syllepse, et voilà nouveau le verre renversé sur la robe…

Cette foi-ci Anne- Lise se rebella contre l’individu et virulemment encore, ce qui fit que Judith rappliqua vite fait. Elle jugea de la situation et me héla :

-        Tu n’es qu’un…

 

III.                                                                                                         

 
J’allais exécuter quand la ravissante jeune femme au loup intervînt :

-        Ce n’est pas de sa faute Judith. C’est l’autre là qui m’a bousculé. Sèche tes larmes…

Judith se calma et acquiesça de la tête.

Je me confonds en remerciements auprès de ma belle et lui sourit niaisement. Elle me demanda alors minaudante :

-        Et vous faites quoi dans la vie ? Si je ne suis pas indiscrète ?

-        Je suis écrivant pas écrivain et pour arrondir mes fins de mois, je travaille à la plonge dans un restaurant italien. Mais, je repris, actuellement je suis en congé maladie…

Elle me gratifia d’un sourire et m’emmena danser…

La soirée s’acheva dans la plus grande sérénité juvénile. Ca faisait bien longtemps que je ne m’étais plus autant amusé. Joachim et Vierleux, eux, cuvaient leur alcool dans un coin. Ma cavalière prit congé de moi vers deux heures du matin ; et, en me tendant sa joue, me demanda :

-Et tu t’appelles de nouveau ?
Je le lui répétai avec assurance…
 
Epilogue.
 

Huit heures, on sonne à la porte. Je sursaute dans mon lit… Mince alors ! Qui peu bien réveiller les honnêtes gens à cette heure-ci ? J’ai du mal à me lever, la sonnette retentit à nouveau.

-        Oui ! Oui ! Je crie. J’arrive ! Cool !

J’enfile un pantalon et un tee- shirt puis me précipite dans le vestibule. J’ouvre le loquet, entrouvre la porte qui est bloquée par la chaîne de sûreté… Mon étonnement est à son acmé : ma belle inconnue cavalière en tailleur mauve et sans loup devant moi. J’ouvre, veut lui claquer un baiser sur la joue mais froidement elle me tend la main en me disant :

-        Monsieur… ?

-        Ben oui ! Tu le sais bien ! Que je dis sans savoir si je dois rire…

-        Juliette Kach, inspection du travail…

par cafre publié dans : cafre
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