J’ai besoin
J’ai besoin de ton corps
De ses vastes portiques
De ses contrées sauvages
Qui à mes sens encore
Demeurent ignorées
Pénétrer ces frontières
Découvrir l’épaisseur
Des moiteurs toisonnées
Epouser de mes mains
Les vallonnements subtils
De tes seins de ta croupe
Puis dévaler en fougue
De mes lèvres humectées
Des rosées sirupeuses
De ton intime cas
La chaleur de tes cuisses
Et tes mollets galbés
Enserrer tes chevilles
Puis en souverain Pétrarque
Révérer tes deux pieds
Les amours de Ronsard
Ou la Délie de Scève
Intimement mêlés
Traduiraient ces pensées
Sans y trouver les gestes
J’ai besoin quand à moi
Des secrets de ton corps
Pour que finissent les nuits
Des obstinés regrets
L’endophasie m’assigne
A de fiévreux projets
J’épouserai ton corps
En habile jongleur
Mes liens se déferont
De leurs ombres carcérales
Dont les lames rougeoyantes
Attisent le foyer
De mes rêves tourmentés
De ne savoir parler
J’ai besoin de ton corps
Pour moi inachevé
Pour vivre sans la mort
Obsédante pensée
Moi qui dans l’étroitesse
D’un pesant quotidien
Cherche la contre voie
De mon élévation
J’ai besoin de ton corps
En réelle possession
Pour atteindre l’Eden
De ma folle passion
Pourquoi ai-je en terreur
A te prendre la main
Te conduire en aurège
Vers un lit de satin
La retenue d’égards
Le trouble du gamin
Inhabile maladroit
En quel lien béni
Pourrai-je retrouver
Pour sertir du songe
Un chaton avéré
La gaucherie m’étouffe
Pardonne-moi trésor
De ne te découvrir
Qu’en de voyages abstraits
Parle-moi de ton corps
De ses formes célestes
Qui alanguissent mon âme
Et mon amour de feu
Embrasant ma raison
Combien de grains de sable
Devront-ils s’écouler
Par l’orifice étroit
Etranglé resserré
Du sablier perfide
Qui remet à cent fois
L’abandon de nos corps
N’est-ce pas mon émoi
Ma risible fadeur
Qui cause le report
D’étendre à bras le corps
De l’envie de ton corps
Pour suspendre le temps
Culmine au zénith
A lire Lamartine
Tout finit par passer
Je voudrais conquérant
Livingstone amoureux
Au Zambèze découvert
Arriver à bon port
Dans ton corps qui est mien
Je brandirai alors
A mes mains agitées
Le blason de l’éloge
Qui chassera furieux
Les cauchemardesques montres
Qui se raillent de moi
En un dies irae
J’ai besoin de ton corps
De tes sens de ta vie
Pour ne plus me prostrer
A attendre l’aurore
Et son éclat doré
Je te composerai
Un bouquet d’aigremoine
Ou de phlox parfumés
J’en ornerai les marches
Que fouleront tes pieds
J’ai besoin de ton corps
Pour ne pas me faire moine
Et rentrer dans les ordres
A dessécher mon âme
A l’aurore sangloté
Mon phlogistique élan
Se consume aliéné
O combien ils sont doux
Ces supplices chinois
Comparés à l’attente
De ton corps dénudé
J’ai beau me raisonner
Néguentropiques sagesses
Je ne peux oublier
A quel point ne cesse
Le besoin de ton corps
De ta vie ton esprit
Gouttelette de pluie
D’un nuage fruité
Redonne aux vagues marines
L’apparence du ciel
Dans lequel légère
S’élèverait mon âme
La passion dévorante
D’un besoin effréné
Peut prendre virulence
En folie délirante
J’ai besoin de ton corps
Pour retrouver le mien
Et perdre à contre sens
Le néant destiné
O combien mon amour
Les joncs et les roseaux
Peuvent se corrompre
Dans les palus vaseux
J’ai besoin de ton corps
En peine résolue
A vacciner mon âme
De ses noirs tourments.