- Je ne sais pas, j’ai pris un peu plus de médocs que d’hab. Et j’étais en état confusionnel et ma famille… Euh... J’étais encore un peu dans le coltare.
- Une tds, eh oui ! Clame le médecin psychiatre. Vu la quantité de et de xanax que vous avez ingurgité...
Je ne m’en rappelais pas vraiment… Je souffrais c’est tout. Je n’arrivais pas à me calmer, à dormir alors j’ai essayé…
- Monsieur C… Vous savez que c’est déjà la vingtième hospitalisation. Vous ne pouvez pas continuer ainsi !
Je baissais légèrement la tête en me pensant, encore un qui ne fait que me blâmer. Je sais très bien ce qui va se passer… Trois quatre semaines en sevrage et retour maison sans que je sois vraiment mieux.
- Bien ! Reprit le psy, nous allons vous laisser digérer vos prises anarchiques et après nous remettrons un nouveau traitement en cours.
Le médecin se leva ; l’entretien avait à peine duré quatre à cinq minutes et me voilà lâché dans les couloirs du pavillon. J’observais cependant le psy avant de sortir et vis qu’il allait au lavabo se laver consciencieusement les mains. Encore un avec un t.o.c. que je me dis…
La fin de journée fut monotone ; les infirmiers de glace et les autres patients, pour la plupart complètement déjantés ! Je ne me sentais pas à l’aise… C’est vrai que ça faisait la vingtième fois, mais quinze de trop… Ce psy, je le découvrais, il venait juste d’intégrer l’équipe…Dr Lovier, la cinquantaine et une attitude assez présomptueuse il faut dire. J’avais également remarqué lors du court entretien, qu’il se frottait minutieusement les mains. La soirée sa passa sans dommage, entouré de pathologie de tous bords… Vraiment je ne resterai pas ; demain je signe et ciao…
Le petit déjeuné touche à sa fin, plus qu’une heure, j’ai averti l’infirmier, le psy. Doit passer pour me voir avant ma sortie contre avis médical. En attendant je discute avec un patient que je connaissais d’il y a quelques instants. Alcoolique chronique, il me déballe sa vie ; je ne suis pas sympa, je l’écoute à peine, je suis pressé. D’autres malades me satellisent ; j’ai beau y être habitué c’est toujours négatif dans ce genre d’endroit de côtoyer pire ou moins pire que soi ; et pourtant nous sommes dan la même galère…
Il est là planté derrière son bureau me montrant son dos, les bras croisés en observant sans doute quelque chose au dehors ; ou tout simplement pour se donner une contenance. Il hausse légèrement les épaules puis il se retourne et avec sa main gauche il se caresse son petit bouc qu’il porte court.
- Alors comme ça, il paraîtrait que vous voulez vous en aller ! Il continue de se lisser le bouc en clignant rapidement des paupières. Et si moi je vous mettais en h.d.t (hospitalisation d’un tiers) ?
Sur le moment je ne dis rien, j’avais bien senti, à force, vous pensez, venir le coup. Je le laisse continuer ses mimiques qui somme toute ne me font plus rire, je ne saurais dire pourquoi. C’est la première fois que je le rencontre, il vient juste d’être embauché par l’hosto, à la place du Dr D. qui lui s’est embarqué dans l’aventure du privé.
Il me fait signe de m’asseoir tout en restant debout, histoire de dominer la situation. Son visage se crispe et quelques rictus apparaissent sur sa face cramoisie.
- Je crois que je vais vous laisser sortir ; non que je sente en vous une certaine stabilité, mais j’ai des cas plus urgents à traiter et vous, vos élucubrations – C’est sûr il avait lu mon dossier- m’indiffèrent totalement.
Là j’étais béa, la bouche clouées. D’habitude ce n’était pas le genre de discours qu’on me tenait.
- De plus, rajouta-t-il, la société n’a que faire d’individus marginaux et anti -axiologiques de votre espèce : vous ne m’intéressez pas.
Je ne pipais pas ; j’avais trop envie de sortir de cet endroit trop connu et que j’avais surtout envie de fuir. C’est ainsi qu’il me fit signer ma décharge.
- Il va de soit, dit-il, que je ne vous délivre pas d’ordonnance !
Il attendait ma réaction…Mais je signais sans férir et me levais tandis que lui se remit face à la fenêtre. A nouveau j’étais libre, mais pour combien de temps.
Une fois hors les murs, je me demande où je vais pouvoir passer quelques jours vu que mon appart est saquaté pour un temps par un couple d’amis. Bon je ne m’en fais pas trop dans la mesure où j’ai une connaissance dans la ville même qui peut me dépanner…
Je parvins à l’adresse de mon copain Aldo rue de Colmar et étant donné que les volets étaient ouverts il devait être chez lui. Je sonne et effectivement l’interphone se met en branle :
- C’est qui ?
- C’est C… que je réponds.
Le verrouillage électrique s’enclencha et je poussai la porte…
Je n’eus pas la fatigue de monter puisq’Aldo louait le rez-de-chaussée ; bonne chose parce que comme il ne fume pas je suis contraint de cloper à l’extérieur…
- Qu’est-ce qui t’amène donc C… ? Me dit-il enjoué.
- Ben ! Ecoute Aldo, j’ai un service à te demander.
- Lequel ? Me répond-t-il d’un ton un peu moins joyeux.
- Ecoute pour deux trois jours j’ai besoin d’être accueilli vu que j’ai prêté mon studio à Franck et Bérénice.
Je sentis un profond soulagement dans sa voix lorsqu’il me répondit :
- Si ce n’est que cela pas de blème…
Il me fit entrer et nous discutâmes un bon moment. Pour le remercier, je l’invitai à aller prendre un pot à ‘ l’ours noir » l’un des trois bistrots de la ville
Nous n’avons mis que peu de temps à y arriver et je lui proposais d’aller faire des courses après l’apéro il devait être aux alentours de dix sept heures trente. Nous nous installâmes à l’intérieur le temps relativement frais pour la saison ne nous permettait pas de rester sous la terrasse, enfin sur le trottoir aménagé en pergola…
Alors que nous allions nous installer j’eus la surprise de voir accoudé au bar le psy qui m’avait vu auparavant. Il n’était pas seul ; une jeune femme se tenait à ses côtés. Il caressait toujours son bouc et son chef était coiffé d’un genre de borsalino assortit à un imperméable noir. Il ne m’avait pas vu. Je donnais un coup de coude à Aldo et, lui montrant d’un signe la tête le psy, je l’interrogeai à voix basse :
- Tu connais ?
Aldo leva la main pour commander et me répondit tout en essuyant sa bouche du plat de sa main :
- Un peu. Il vient de l’hosto que tu chéris ; il rapplique ici tous les soirs.
- Et la nana ? Je repris.
- Connais pas ! Souffla Aldo alors que le serveur arrivait. De toute façon tous les soirs c’est une autre…
- Oui je crois qu’il s’appelle Lovier. Enfin c’est ce que j’ai cru comprendre…
La commande prise nous nous entretînmes encore un bout de temps, mais je ne pouvais pas détacher mon regard de ce psy qui ne m’avait pas vu ; tant mieux d’ailleurs. Il était bardé d’un tas de rictus et de tics faciaux, ce qui m’intriguait au plus haut degré. Je me pensais à l’intérieur que ce type n’était pas net. Passer toutes ses fins d’après- midi avec une jeune femme différente à chaque coup…
- Tu sais s’il habite dans le coin ? Que je questionne Aldo.
- Ca j’en sais rien ! Faudrait demander au grand mec là-bas avec qui il parle de temps à autre.
Je me vois mal, je l’avoue, me transporter vers ce gars et lui poser une telle question.
Le docteur Lovier finit par lever le camps et je ne peux m’empêcher de prendre congé d’Aldo sous un fallacieux prétexte pour suivre cet intriguant personnage. Je me lève et glisse à Aldo :
- On s’retrouve dans trois quarts d’heure au super marché…Ok ? …
- Pas de problème rétorqua Aldo qui dégustait sa deuxième bière.
Je dépose un billet sur la table et me glisse félinement en arrière de ma proie…
Au bout de dix bonnes minutes il me conduisit toujours avec sa jeune femme au bras, devant une coquette petite maison dans laquelle ils entrèrent tous deux.
Bien ! Que je me soliloque il habite le coin, je reviendrai… Quelque chose m’attirait ; une idée fixe : j’étais barge mais pas à ce point. Une curiosité malsaine peut-être ?...
La soirée fut brève ; repas, bière et café puis laissai Aldo devant sa télé pour aller me coucher. Je n’avais qu’une hâte, retrouver ce cher Volier car j’étais tel un objet en métal attiré par un aimant.
Cinq heures du matin et je suis debout. Je bois un café et avale un yaourt…Dans une heure j’irai faire le pied de grue devant son domicile…Bon je ne tiens plus ; cinq heures trente il faut que j’observe, je scrute, je sache qui se cache derrière ce personnage d’aspect grotesque…A moins que ce soit un de mes nouveaux délires ? Sait-on jamais…
Devant cette maison à la façade jaune criard et à colombages, je me planque dans le coin sombre d’un porche pour patienter… Encore patienter, ça fait huit ans que je patiente et en plus toujours chez des médecins lolll. Six heures trente et toujours rien, si ce n’est une voiture de la police municipale qui roule au pas... Je me tapis encore plus…Il ne m’ont pas vu… Six heures quarante cinq, quelque chose bouge… La porte de la maison s’est entre baillée puis ouverte en grand et ce docteur Lovier, toujours coiffé de son chapeau, le cou entouré d’une longue écharpe rouge, sort engoncé dans son manteau noir.
Je le suis… Pas longtemps d’ailleurs ; il s’arrête devant une boulangerie et y entre. Ca devient lassant, je ferais mieux de retourner mes pas et aller dormir…
Il ressort mais ne prend pas la direction de son logis mais celle de l’hôpital… Bon ! J’abandonne, j’irai voir ce soir au bistrot…
Toute la journée je n’arrive pas à détacher mon esprit de ce type ; de ses manies, de ses presque toc. Et que fait-il avec ces jeunes femmes ? Il faudra ce soir que j’aille et surveiller. Qui sait peut-être les trucide-t-il ?...
J’ai traîné Aldo au troquet malgré sa réticence, je lui ai dit Que c’était moi qui rinçais ; alors pas de blème. Nous y allons tôt du moins avant dix sept heures ; heures à la quelle Lovier arrive. Il doit être aux alentours de seize heures trente en fait et dès que nous entrons je me mets au bar avec Aldo. L’autre type d’hier soir est là. Je l’aborde en lui offrant une autre bière. J’essaie d’en venir sur le toubib. Par chance c’est lui qui commence à m’en parler :
- Savez, dit-il, y ‘a un type bizarre chaque fin d’après- midi qui débarque ici depuis quelques semaines, et toujours avec une autre donzelle… Mazette ! Qu’il rajoute ; et pourtant c’est pas un don juan… Il se met à rire à gorge déployée.
- Vous savez qui c’est ? Que je l’interroge subrepticement.
- Le docteur Lovier ? Bien sûr que je le connais, c’est moi qui lui loue la maison.
- Drôle d’individu n'est-ce pas ? Que je l’interroge en lui offrant une autre bière.
- Vous ! Qu’il me dit en prenant en prenant avidement le verre vous savez parler aux gens ; et il leva le verre pour me remercier.
Je l’interrogeais du regard et sa langue commença à se délier.
- Vous savez ! C’est un docteur connu en psychia… En psychia…
- En psychiatrie que je l’aide sinon on en terminera jamais.
- Voilà c’est ça ! Et ben vous savez moi même je me mêle pas de ce qui ne me regarde pas mais il est très spécial. Bon en ce qui concerne le loyer, rubis sur l’ongle, rien à dire,...
-Oui, il m’a invité un soir, pour me remercier d’un service que je…
- Eh ben il n’a pas arrêté de regarder fixement une fille dans les yeux et de l’hypno… Comment on dit ?
- L’hypnotiser ! Que je réponds hâtivement, pressé de connaître la suite…
- Et alors rien ! Je ne me souviens plus j’étais trop bourré.
Et merde ! Que je narre à moi-même, c’est raté. Mais il y a du louche…
Enfin il arrive ; toujours accompagné d’une jeune femme. Il s’installe tout à côté de moi et soit il ne me reconnais pas, soit il m’ignore. Toujours est-il qu’il entame une discussion avec cette femme mais à voix si basse que je n’en capte rien. Justes quelques bribes…
- Sentiments… Narcissique… Neurasthénie… Hypnose…
Finalement je me dis, il ne sort pas du cercle de son boulot… finalement Lovier règle et s’en va avec la jeune femme. Je ne prends même pas la peine de le suivre parce que finalement je pense que c’est moi qui doit délirer…
La semaine s’écoule et je rentre chez moi à Colmar sans que je ne prête plus attention à quelque mouvement que ce soit de cet étrange Dr Lovier…
Quatre mois après ma dernière hospitalisation mon généraliste me conseille de retourner à l’hosto pour démarrer un nouveau protocole d’anti psychotique. Ca ne m’enchante pas mais j’accepte…
Mardi après-midi je débarque au pavillon de mon secteur. Un infirmier m’ouvre la porte et je me faufile à l’intérieur. Quand je l’ai salué, je me dirige vers le bureau du médecin, ce doit être Lovier que j’aperçois dans le couloir toujours affublé de son énorme chapeau. Je vais pour le saluer :
- Bonjour docteur…
- Je m’appelle Sigmund qu’il me dit les yeux dans le vague.
- Sigmund ? Que je répète dubitatif.
- Oui Sigmund Freud…

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