Antichambre
La solitude m’embrasse
Comme une pince étau
Loin de toi attablé
Je ne puis que fixer
Des souvenirs heureux
Qui s’indurent au visage
Tel les rayons fiévreux
D’un printemps mai de juin
L’interdit langoureux
La retenue fougueuse
L’estrapade croissante
De deux cœurs épithèmes
Je retiens la chaleur
Du désir instillé
Augmentant d’énergie
Prêt à l’accomplissement
Echanges oniriques
De paroles tendresses
Paresse de détresses
Appliquées à l’ennui
A t’être séparé
La tourmente est active
J’ai tant de souvenirs
Que le temps étiré
Ne peut les contenir
Le désert de l’affect
Se décharge tubélaire
En choix fasciculés
Erigés sur un cairn
L’esprit transporte en vain
Les constantes réelles
Où reposent ravinés
Les mouvements incertains
Du diligent tracas
S’insinuent de fertiles
Manques passionnés
Qu’opère ton absence
O déités d’Eros
Entendez mon appel
Sans elle je ne suis plus
Qu’une oraison funèbre
L’antichambre mortuaire
Vague de chuchotements
Débouche dans l’ardente
Salle arbre des ténèbres
Quels psaumes entonnent-ils
Ceux qui mon bien aimé
Que n’ai-je assez souffert
Pour éviter aux autres
Les douleurs et l’horreur
De ma métamorphose
Pathétique épitaphe
Surmontant le cercueil
Par erreur fut en vie
Rappelé à l’oubli
Que ne suis-je incapable
De saboter l’ennui
Me contenter de l’heur
Qui pourrait être bon
Je reste souvent prostré
Assis à terre songeant
Cerné par les nuits blanches
Aux inconsciences menées
Par l’anéantissement
De toute compagnie
Esseulé par moi- même
Impertinent de tout
Repoussant sentiments
Pitiés et compassion
Tendant à l’isolement
Pour être prêt sans doute
A affronter la Mort
J’apprécie dans les mots
Ceux qui sortent de ta bouche
Apaisant in petto
Toute réminiscence
Toute faille au doute
Ton visage me nourrit
De rassurantes sagesses
Quand les plis du sentier
Me roulent de ci de là
Me ballotant pantin
Dans l’ample déraison
Mais est-ce déraison
Que de fuir sa mort
En vivant sans souvenirs
En détachant l’avenir
Des angoissantes questions
Qui empêchent de vivre
Garder l’instant précis
Sur une feuille sensible
Avancer en aveugle
En prophète de fleurs
Eviter tout passé
Tutélaire refuge
Le refus quotidien
D’épouser le commun
A se défaire ainsi
De tous vains attachements
Fatalement on s’isole
On provoque les curieux
Qui ne demandent qu’à voir
Et qui proclament bien haut
Surtout pas ça chez nous
La perte des repères
Est recherche constante
Vouloir rapidité
Affole brusquement
Le pendule de mon ciel
Dont les aiguilles sereines
Tournent sans s’arrêter
Vous tous qui près de moi
Assister impuissants
Aux ravages d’esprit
Je vous lance un salut
Levant ma main très haut
M’apprêtant à fouetter
D’un coup sec et sonore
La calèche attelée
A de fougueux chevaux
Allant à s’enfoncer
Vers l’horizon flambant
Folie ou renouveau ?