Vendredi 13 octobre 2006
La nappe
 

 Avec toutes les indications préconisées par le ministère de la santé publique et par le gouvernement la cigarette est frappée d’interdiction quelque soit l’endroit où elle se consumera. Alors qu’en 2008 les boîtes de nuit étaient le dernier bastion à présent c’est la prohibition…

Me voilà bien que je me pense, où j’vais fumer maintenant ? Déjà le tabac est à plus de cinquante euro les 40g, Je pourrai toujours me ranger du côté des fumeurs de pollen et autres car aujourd’hui ils sont moins mal lots que nous fumeur invétérés de tabac qui mourront trop…Donc trop cher à l’Etat… En plus la denrée est moins chère maintenant sur le marché…Et je souris un peu acariâtre en grinçant des dents…

 

Ignominieusement Karl entreprit la vente de ces barrettes, je dis ignominieusement par obligation morale… Mais qu’est-elle devenu cette morale qui prône entre autres la course armée de protection…. La peur de se faire agresser… Où va ton… Bon ne digressons pas Karl se trouve à hauteur de la gare là où il sait que les anciens fumeurs se baladent souvent… Mais ce matin, rien ! Alors au bout d’un moment il s’arrête.

Bon moi je prendrais bien une ptite clope et pourquoi pas après un pt’it oinj ? Ca va il n’est que dix heures trente, histoire de s’réchauffer. J’attrape dans ma veste le matos et m’installe dans un coin à l’abri des regards insidieux et absolutistes de la société… Je risque de terminer ma vie en tôle avec ça…Bon ça va il n’y a personne, j’peux me l’permettre. Soudain un jeune garçon me bouscule alors que je m’accroupissais, et me renverse à sa façon. Maintenant que je suis les quatre fers en l’air, je ne me pose plus de questions quant à l’effet que peut produire un stick. Mal aux fesses quelque peu, et d’autant que je ne suis pas anesthésié. Que puis-je en dire si ce n’est que bien- être d’un état, qui au grand dame de l’axiologie¸est agréable. Et pourtant il faut bien terminer par descendre… C’est là sans doute, le plus difficile ; et de regagner l’irritante absurdité bien palpable. Mais qu’en faire de cette réalité même dans des moments délicieux ? Vaut mieux ne pas y toucher...

 
II.
 

En fait comme histoire elle se pose bien en éloge de substances encore illicites mais moins que le tabac. Mais gardons-nous d’aller plus loin si ce n’est en précieux témoignage… Contrairement aux obligations morale et déférente, je ne suis pas sensé en parler même… Si on trouve en Baudelaire un sens d’esthétique il suffirait de s’y référer mais tout état conditionnel est dépendant d’une action préliminaire…

Ce gamin venait de me bousculer et tout mon matériel était disséminé sur le pavé. Je m’attelais, à quatre pattes de retrouver une position verticale non sans avoir, au préalable, récupérer l’ensemble de mes maigres biens… Je me sentais extraverti mais sensible au désenchantement, quand, une vieille femme, l’air anodin me conspua sans raison. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait ; d’autant qu’avec sa canne blanche elle moulinait à tours de bras… Je ne retrouvais donc pas la station debout mais même bien pire, à l’horizontal. Cette dame âgée me repoussait donc, et je recherchais le sens quand soudain je m’aperçus que c’était moi qu’elle cherchait…. En effet elle avait ouvert la bouche et prononçait maladroitement mon nom qui parfois pose problèmes à l’élocution. Que voulait-elle ? Je prêtais l’oreille et compris qu’elle en cherchait. J’étais atterré, à cet âge ! Enfin me direz-vous ! Y a pas d’âge pour commencer mais une bonne raison d’arrêter, la nocivité et l’insidieuse contre- réalité que cela engendre. Durant tout ce temps je n’en faisais que l’éloge, et dès à présent je rajouterai négativement : il ne faut pas en consommer… La défaillance à la vie bien terrestre n’est qu’édulcorée…

-        Cher Monsieur, marmonnait la vieille, pensez à mon arthrose, vendez m’en… !

Je ne me fis pas prier et j’exécutais le bon vouloir de mon aïeule. Je lui en vendis deux barrettes ; mais là aussi je me tairais quant au deal. Une fois touché, si l’esprit est faible où qu’il soit, il faut s’en débarrasser : autant ne pas y toucher… Gardez-vous, il en va non seulement de votre santé mais aussi de celle des autres, vos alter ego… Restez toujours dans la concrétude de la transe, ne franchissez pas le seuil de la nécessité ; les nappes de fumées d’un joint sont aussi celles de l’irresponsabilité. Ne faites jamais le premier pas, car ce serait sans doute le dernier ; parole de shooté…

par cafre publié dans : cafre
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