L’abri
Ainsi je vous écris
Du fond de mon abri
Le vent hurle sa force
Autour de mon campement
Les bombes et la grenaille
Déversent leur flamme
La mitraille et le sang
Je sors que pour faire face
Mais je suis bien trop fragile
Ce matin j’ai eu de vous
Ce petit mot d’amour
Et aussitôt sans peine
J’ai affronté la bourrasque
Et pluie battante en trombe
Je contemple de mille yeux
Cette plane surface
Emportée balayante
Par ces chauds courant d’air
Je me suis dit sans farce
Cette fois ci enfin
Elle répond à mes vœux
J’ai alors marché d’ahan
Et d’un pas soutenu
Je vous ai trouvé lasse
Quelque peu tiraillé
Par l’envie de faire face
Mais de reculer aussi
Les épigones ne manquent pas
Il suffit de comprendre
Les apolliniennes chansons
Leurs mots et leurs surfaces
Polis à renfort d’oraisons
Priapée n’est pas de glace
Mais s’assoit prestement
A côté de vos places
Où vous allez souvent
Du fond de mon abri
Je vous envoie cette lettre
Qu ‘elle vous étonne fort
De ma sombre existence
Voilà le maître mot
Hiver 1916 près de Verdun…
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