
Le vent gonflait en quintes mélodieuses les champs de blé mûr, où Octave et Lalie venaient se réfugier chaque jour des vacances. Le ciel libre de toute nébulosité, aspirait à la rêverie. Couchés dans les herbes sèches, ils recueillaient les frémissements de l’été en d’ineffables délices.
- Je suis bientôt pouvoir racheter le château, déclara Lalie
Un pavé tomba dans la mare, les trempant entièrement. Le charme se rompit comme une fine couche de glace. Octave allongé à ses côtés eût un haut le corps. Une décharge électrique sensorielle venait de le secouer.
- T’es folle d’agir ainsi, déclara-t-il.
Un milan se posa à l’extrémité nord du champ, sur un pan de clôture branlante. Son regard d’acier trempé perçait les alentours baignés par le halo blanchissant des rayons du soleil. Sa proie
Embusqué un lutin haletait ses souffrances timorées Un lapin détala, il était temps. Le milan alerté se jeta sur lui les serres en avant. Le lutin souffla. Il souffla si fort que sa tête éclata. Il mourut comme il avait v écu, toujours entre deux mottes, sans jamais avoir exhaussé le moindre vœu. De toute façon ce n’est pas un conte de fées ! Alors je ne suis pas fâché qu’il disparaisse de l’histoire.
Octave se leva et secoua son gilet avec énergie. Des particules lanigères virevoltèrent en tous sens, se compactant en un nuage bleu métallisé qui éclata en un bel orage. Des moutons se déversèrent à flot dans le pré avoisinant et dévorèrent la luzerne qui s’y élevait en plaques de dix à vingt kilos. Mais tout rentra rapidement dans l’ordre. Les moutons engraissés fondirent à la chaleur du soleil. La luzerne repoussa.
- Je me demande, questionna Octave, quand tu cesseras ton affaire ?
- - C’est le moyen le plus sûr pour se faire de l’argent, déclara Lalie agacée.
Les moutons engraissés fondirent à la chaleur du soleil. La luzerne repoussa…
- Je me demande, questionna Octave, quand cesseras-tu ton affaires ?
- C’est le moyen le plus rapide pour se faire de l’argent, déclara Lalie agacée.
Son visage rebondit et tacheté de rousseur fit une moue délicate. Octave haussa les épaules, tout en nouant son gilet autour de la taille. Il remit sa tignasse échevelée progressivement en place, en se servant de ses doigts comme d’un peigne. Puis il pinça son petit nez retroussé entre le pouce et l’index,k souffla énergiquement, propulsant à une vitesse fulgurante de minuscules gouttelettes qui s’écrasèrent au sol en formant de petites auréole flavescentes. Sa main se fraya avec dextérité dans l’échancrure pratiquée au flan de son pantalon de toile. I9l en extirpa un carré de tissu rose dans lequel il essuya consciencieusement ses doigts.
- Il faut que j’y aille, dit-il tout en repliant le mouchoir qui se retira bien au chaud dans sa poche, pour poursuivre une sieste auparavant délaissée, on m’attend pour déroder. On se voit demain ?
- Je ne sais pas, répondit-elle dédaigneusement.
Elle se frotta les mains que les herbes tranchantes, non repolies depuis le début de l’été, avaient striées longitudinalement. Octave ne sembla pas contrarié par la réponse de Lalie, il était habitué à ses caprices. Il tourna les talons incrustés de basalte, souvenir du Vésuve, et s’éloigna en courant. Chaqu’une de ses amples enjambées soulevait une nuée de poussière vaporeuse. Ses bras lui entrouvrirent un passage nécessaire à la propulsion dans la résistance de l’air. Sa tête inclinée vers l’avant en déflectait le surplus. Lorsqu’il parvînt au grand chêne il s’arrêta, se retourna et cria :
- Demain même heure ! Il se remit à courir.
- on verra bien idiot si je suis là !
En se rasseyant, elle suivit la silhouette d’Octave qui ne tarda pas à disparaître dans les hautes herbes.
Lalie s’était assoupie. Son visage qu’effleurait une brise légère, émanant des onguents qui saisirent un homme qui passait non loin d’elle. Vêtue d’une chemise aux carreaux brisés et d’un knickerbockers velours, il marchait à contre sens de la rotation de la terre, voulant ainsi démontrer qu’il remontait le temps. Il avait déjà parcouru quelques années en arrière et se retrouva à présent plus jeune. Mais il ne savait plus pourquoi il marchait à reculons, alors il continua en pensant qu’il finirait bien par savoir.
En s’approchant de la fillette, son pied se posa sur un scarabée qui en hurlant réveilla Lalie. Elle ouvrit les yeux, les battements de son cœur s’accélérèrent, l’homme se tenait debout face à elle. Quoi que Lalie n’eût que treize ans, elle produisait sur ses interlocuteurs une fascination telle, qu’ils ne résistaient pas à l’envie de converser.
- Bonjour dit l’homme assuré.
Lalie chercha dans sa mémoire les fragments de visages connus, en rassembla les morceaux et les ordonna minutieusement. Non celui –là elle ne le connaissait pas. Tant mieux, elle n’éprouverait pas de remords.
- Bonjour, répondit-elle avec un large sourire.
L’homme tout en s’asseyant à ses côtés, lui expliqua qu’il marchait à reculons sans savoir ni pourquoi, ni depuis quand. Lalie intéressée, le pressa de questions auxquelles il répondit aimablement. Elle lui suggéra de repartir dans le sens opposé, mais à l’endroit. De cette façon il parviendrait à son point de départ et son problème serait résolu. L’homme approuva et, profitant d’un temps mort qui s’arrêta au dessus de leurs tête, il changea de conversation ; le temps mort reparti, Lalie parla d’elle.
L’homme attentif perçut une secousse, il comprit ce qui se passait. Mais il était trop tard, le sol céda sous son poids, il disparut dans la fosse béante qui venait de s’ouvrir. Lalie se pencha au dessus du trou, sortit un calepin de sa jupe dont elle détacha une feuille et se mettre à compter :
- Nous disons donc trois hommes cette semaine, à raison de sept mille franc chacun, ce qui nous fait…heu…
Son visage s’illumina ; elle l’aurait son château. Sa main s’ouvrit sur le papier qui virevolta dans le puits sinueux de la taupinière…
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