
- Tranxène ! Que je dis à mon chien qui n’arrêtait pas de japper après les passants que nous rencontrions dans la rue des clés.
Je ne sais pas ce qui lui prenait tout à coup ; lui si passif voire aboulique d’habitude. Non je ne savais vraiment pas… Je le rappelait encore à l’ordres il finit tout de même par se calmer… La prochaine fois je le laisserai à l’appart. Quel sale cabot… J’avais rendez-vous avec Franck et Lucien (un peu vieillot comme prénom) devant le monoprix, pour nous rendre ensuite au café du poussin vert pour aller mater un concert de hard. Bon moi je suis pas fanatique de hard mais là- bas il y a au moins de belles filles. Non je ne suis pas un satyre…
Mes deux alcooliques m’attendaient bras ballant assis sur la margelle d’un ancien puits en plein milieu de la glace, faisant face au magasin. Il faisait une chaleur à crever lolll … Normal qu’ils aient une bouteille de bidouze avec eux…
- Salut vous deux ! que je leur lance. Ca fait longtemps que vous m’attendez ?
- Oh ! Répond Lucien en me tendant la main. Tu vois, reprit-il en me montrant la bouteille, on a de quoi s’occuper… Petits rires de franck et de lui.
Je leur affirme qu’il faut y aller, le concert est prévu pour dix sept heures et il est déjà seize heures trente ; les places sont chères là-bas ; pas pécuniairement mais à disposition.
Bringuebalant on s’arrache de la place et on se pousse jusqu’au Poussin vert où effectivement les places sont rares. Mais par chance on en trouve…
- C’est quoi de nouveau comme groupe qui passe demande Franck ?
- « Les containers » lui réplique Lucien.
- - Ouais ils sont trop grave mortel que reprend Lucien
Alors que Lucien est tout excité, moi et Franck on va commander des conso. Parce que la pauvre serveuse ne sait pas encore plus donner de la tête. Le concert n’a pas encore commencé ; les musiciens sont encore au comptoir à finir leur demi. On a de la chance par bleu…
Quand on revient Lucien a déjà branché deux nanas avec qu il discute tout en gesticulant.
- Tu verras, qu’on l’entend dire, c’est un groupe à tout casser… Tu peux me croire.
- Et les gras ! Que nous hèle Lucien, j’vous présente Andréa et Camille deux gothiques.
Des gothiques ! Dans un concert de hard, assez surprenant
Enfin on peut s’asseoir ; les deux donzelles sont tout de même restées avec nous. Le concert va commencer sous peut. Les musiciens arrivent sur scène dans un look d’enfer et sous les applaudissements de leurs nombreux fans. Nous, hormis Lulu, on reste discret… Ca bouge encore dans la salle quand résonnent les premiers accords. Tout de suite je suis saisi ; moi petit guitariste amateur, par la dextérité du guitariste. C’est un enchantement, Succession d’accords, solo, majeur, septième majeur, des augmentés, diminués, tout y passe. Quant aux solos : extraordinaire. Les autres musico sont éclipsés. Je n’ai d’yeux que pour lui et même les deux filles n’arrivent à m’en défaire.
Le concert a pris fin et je reste subjugué par le guitariste et me propose d’aller le congratuler alors qu’il range sa guitare.
- Salut ! Que je lance. T’es super balèze que je reprends avec beaucoup d’admiration.
Sur le moment il ne répond pas si ce n’est qu’un léger sourire qui me frappe par sa tristesse.
- Ca fait longtemps que tu joues ? Que j’enchaîne.
- Six mois qu’il me répond soudainement.
- C’est pas possible que je rétorque, tu te moques de moi. Je reste circonspect et surtout suspicieux.
- Non qu’il reprend, ma parole… Pas plus de six mois…
- Mais tu joues comme un dieu ; que je siffle admiratif.
- C’est pas moi qu’il dit c’est la guitare qu’il repend
- Comment ça la guitare ? Que je questionne bêtement.
- Oui dit-il avec conviction, c’est la guitare qui fait tout.
- La je ne sais plus quoi dire, sûr que ce type se moque de moi…
- Tu l’as veux ? Qu’il me demande soudain.
- Quoi ? Je demande interrogateur !
- Mais la guitare !
- Tu la veux ou non ? Qu’il réitère
Je ne sais quoi répondre, quand il me tend l’étui avec l’instrument à l’intérieur. Je ne sais pas quoi faire… Sans vraiment chercher à comprendre je tends le bras quand il me dit :
- Tu la prends mais ne la revends jamais ! Donne là si tu veux mais ne la vends pas pas tu en perdrais la raison.
Là je me moque un peu de lui et saisit avec convoitise l’objet… Il s’en va et je me retrouve seul sur scène… Gauchement, fébrile j’ouvre l’étui et je découvre l’instrument d’une beauté fascinante. Caisse en orme, manche profilé, sillet en ivoire et cordes filets plats ce qui me plaît, car pour le jazz rien de meilleur et en plus c’est une caisse … Tout bonnement géniale…
Je saisis alors l’instrument avec délicatesse et pose mes doigts sur les cordes qui comme par enchantement laissent glisser mes phalanges harmonieusement. Aussitôt même débranché je me mets à jouer comme jamais je ne l’ai fait, avec une dextérité étonnante. Les accords et les arpèges s’enchaînent à une vitesse extraordinaire. J’ai tout bonnement l’impression de ne rien faire et pourtant c’est bien moi qui joue. L’ampli est resté sur scène ; j’attrape un jack et je branche. Me voilà en train de jouer « Satin doll » aussi bien voire même mieux que Kenny Burrell ou n’importe quel guitariste. La salle qui ne s’était pas totalement vidée soudain se tue et semble subjugué par mon exhibition. Moi-même j’en suis pantois. Les notes s’entremêlent, se délient, se pourfendent en une mélodie plus qu’harmonieuse. Franck et Lulu qui m’avaient plus ou moins lâché soudain restent figés ne s’intéressant même plus aux jeunes filles qui d’ailleurs n’ont d’yeux que pour moi. Toutes les têtes se sont tournées vers moi, tout le « Poussin vert » se pétrifie dans un silence monacal…
Voilà le morceau prend fin, un instant s’écoule et tout le monde se met à applaudir, siffler m’aduler. Je ne sais plus quoi faire… Je ne sais que penser. La seule chose qui me vient à l’esprit
Est de savoir où est passé le type qui m’a filé la guitare ; mais pas de trace de lui ni du reste du groupe… C’est incroyable que je me pense en mon moi profond ; c’est vrai que je sais jouer mais la c’est dément…
Neuf heures du mat., le téléphone sonne et me réveille. Je décroche non sans grincher le combiné : c’est Franck.
- Je ne pouvais plus attendre qu’il me souffle dans l’appareil. Pt’ain t’as jamais joué comme ça… Tu nous avais caché tes talents…
Je le laisse débiter sa litanie et me remémore la veille, le morceau, le groupe, le guitariste, mes doigts déliés sur le manche. C’est vrai que jamais je n’avais exécuté un tel morceau d’excellence. Franck continue à baragouineur mais je n’écoute plus ; je m’assieds sur le lit et contemple l’instrument qui gît à terre au bord du lit et est encore plus beau que dans me souvenirs de la veille.
Franck finit par me lâcher en terminant par me signifier qu’il faut que je dévoile enfin en public tout mon savoir. Moi je n’ai plus le même sentiment. Pourquoi sans rien me demander le type m’a refilé sa guitare. Mais la question n’est même pas posée que mes doigts sont attirés vers les cordes et, qu’ayant pris l’instrument, je me mets à exécuter quelques standards de jazz sans aucun dérapage, au contraire avec une facilité déconcertante. Il a peut-être raison Franck. Faudrait que je joue un peu plus en public, ça me rapporterait du fric et j’en ai bien besoin en ce moment, criblé de dettes. C’en est insupportable ; déjà deux fois qu’un huissier est passé et que par chance je n’étais pas là. Mais comment se faire écouter et ramasser du pognon rapidement. Je vois pas trop. En attendant je pose la guitare dans son étuis et prends la mienne une simple Gibson, simple pour une Gibson s’est déjà top, et je me mets à écouler quelques accords. C’est bien, mais pas aussi bon qu’avec l’autre. Je peine un peu… Le type avait peut- être raison que je me pense ; alors c’est la guitare qui fait tout ! Tout en restant l’esprit coincé dans cette considération, on sonne à la porte. Je mets quelques bons moments sans y prêter garde. Ca résonne ; cette fois je suis tiré de ma béatitude. Je me précipite en boxer et tee-shirt vers l’entrée…
Avant d’ouvrir je regarde dans le judas… Un type sapé bizarre, grande cape noire et couvre chef enfoncé sur son crâne. Qu’est- ce que… Merde je me dis, l’huissier… C’est tout de suite que je pense. Je m’apprête à filer en douce mais, cette fois-ci, ça ne sonne plus, ce sont des coups légers qui sont assénés sur la lourde et accompagné d’une voix sonore :
- Ouvrez Monsieur C… Ce n’est pas l’huissier… Bien au contraire, votre sauveur financier…
Je suis hésitant, les bras ballants et pas le temps d’approfondi la question ; j’ouvre… Le fric chez-moi c’est, contrairement à ce que disait Epicure, un « victus », en d’autres termes une nécessité vitale… L’homme qui se tient sur le seuil est assez grand et comme je l’ai dit tout vêtu de noir. Il me dispense d’un large sourire et se met aussitôt à m’interloquer.
- Je suis votre sauveur… Finis vos soucis d’argent, de dettes… du passé qu’il dit en appuyant bien sur chaque syllabe…
Je reste coi. Que puis-je dire à un rédempteur … J’ouvre entièrement la porte en marmonnant :
- Entrez !
Je referme l’huis et invite mon visiteur inconnu à pénétrer dans mon appart, direction le salon. Nous n’échangeons pas de paroles et nous filons dare- dare vers la pièce… Parvenus à cet endroit je fais signe de la tête au gars de s’asseoir ce qu’il fait sans hésiter.
- Vous êtes dans des problèmes financier jusqu’au cou et par dessus même qu’il me sort soudain sans fioritures
Avant de répondre je me questionne pour savoir comment il sait çà. Je connais pas ce type…
- Euh oui ! Je réplique. Mais…
- Je sais monsieur C … Je sais… Peu importe comment je sais…
Un bref instant à crever c’est installé, temps mort, mais qui ne dure pas, car le type répond aussitôt :
- Je suis venu vous sortir de la
- Mais… Je bredouille.
- Oui ! Je sais, vous vous demandez qui je suis et comment je sais tout ça…
- Ben… oui…. Que je bafouille encore debout, en petite tenu, face au type confortablement installé.
- Luc Siffert, brasseur de bonheur terrestre. Et il me tend la main. Je tends aussi la mienne qu’il sert vivement.
Moi je reste stupide … Cherchant toujours à savoir comment ce type me connaît.
- Je suis sûr que reprend Luc Siffert, que vous vous dites d’où je connais ce type ; et bien moi je vous connais et c’est bien suffisant. Vous possédez quelque chose que j’ai, il y a longtemps, égaré et que je voudrais à n’importe quel prix récupérer aujourd’hui : ma guitare ! Qu’il lance en insistant bien.
- Votre guitare ? que je réplique béat.
- Oui ! Celle que ce petit guitariste sans envergure vous a donné hier au soir.
- Ah oui !... je dis gauchement …la guitare.
- Mais…Je poursuis… Pourquoi ne pas lui avoir réclamé à lui ? si c’est la votre !
- Il ne voulait pas entendre raison malgré la plainte que j’avais disposée pour vol que dit laconiquement mon visiteur…. Je lui ai tout proposé comme à vous… Rien à en tirer… Il s’interrompt soudain et son sourire fend à nouveau son visage.
- Il tire de sa poche un papier qu ‘il me tend.
Certificat d’achat que je lis lentement au nom de Mr Luc Siffert que je vois. Mince me voilà bien barré que je dis.
- Mais, je reprends pourquoi il avait cette guitare si c’est bien la votre ?
- Il me l’a volé ! Réplique sournoisement mon visiteur.
- Comment ça volé ? Que j’interroge ?
- Peu importe, s’impatiente m. Luc, ce que je veux, et son ton devient plus cassant, c’est récupérer sa guitare en moi même instinctivement que je me dis. Mais là je suis dans la mouise et ce type veut même pas me poursuivre en justice ; il me propose en plus du fric. De toute façon qu’ai-je affaire de cet instrument ? Perdre la raison ? Bah ! Je n’en ai déjà pas !
- Et combien vous me donneriez pour la récupérer ?
- L’effacement de vos dettes et une somme substantielle de un million d’euros qu’il dit sans hésiter…
- Fichtre que je siffle, tout ça pour une simple guitare !
- Simple non ! Que m’interrompt l’individu, elle a appartenue à Orphée un très grand musicien.
- Connais pas je dis tout à coup, mais on m’a recommandé de ne pas la vendre…
- Fadaise insiste monsieur verras ! Fadaise et niaiserie. Vous ne pouvez pas vous permettre de refuser ; votre situation est déplorable et moi je vous sauverai de la catastrophe…
- Ok ! je dis pour ce marché, je veux pas d’ennuis, j’en ai assez que je m’entends dire.
- Attendez-moi là…
Je quitte la pièce et me porte dans la chambre. La raison que je me dis, je m’en fiche de toute façon ; le fatum c’est moi qui le fait et ce monde est pourri. Je dois me dépatouiller dedans, les histoires à coucher dehors, du genre « me vends pas ! Donne, tu perdras tes sens », très peu pour moi… Je suis peut-être stupide mais pas idiot ; ce mec y m’offre la chance de liberté ! L’argent ! Pourquoi j’en croquerais pas moi aussi… Je suis pas superstitieux et ces bonimenteries d’un autre âge…
Retour dans le salon. Luc Siffert est toujours installé dans le fauteuil, les jambes croisées et un sourire « angélique » sur les lèvres.
Lorsqu’il me voit arriver avec l’instrument, il ne peut s’empêcher de pousser un petit cri de contentement. Il se lève rapidement et m’arrache quasi des mains la guitare…
- Et mon argent ? Que je demande sans me démonter !
L’homme ouvre son par dessus et tire des liasses de billets et un papier de reconnaissance de dettes : c’est le mien.
- Je n’ai qu’une parole voilà vos dettes effacées et le million promis qu’il me dit en me tendant le tout.
- Moi je ne regarde pas ce qu’il fait avec la guitare, je palpe le fric, le repalpe en tous sens…. C’est du vrai … De la fraîche…. Je me sens tout guilleret.
- Merci M. C… qu’extirpe le type de sa bouche ce M. Siffert, vous avez fait le bon choix.
Je le regarde émerveillé comme un enfant et j’accepte de la tête.
- Bon je n’ai plus rien affaire ici que lance soudain mon visiteur.
C’est pas faux ; alors je le raccompagne vers l’entrée et il prend congé de moi…
Que vais-je faire de ce million ? Que vais-je pouvoir acheter ? Mes sens se bousculent, s’entrechoquent…Plus de dettes, du fric, pas besoin de bosser ! Le placer et m’acheter quelques trucs… C’est encore mieux que la française des jeux », j’ai gagné !!!
Le docteur Xuan pose sur son bureau le papier qu’il tient depuis un moment entre ses doigts et secoue la tête.
-Comment est-ce possible ? Bon qu’il se dit ; je vais la ranger avec son dossier, il s’appelle déjà ? Ah oui, Luc Siffert ! La réincarnation de Méphisto.
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