Vendredi 22 décembre 2006

Moître

 

Ballotté de passion

En de tremblants secrets

Un baiser plus subtil

Devient vivant séjour

 

A la pure douleur

Succède l’abondance

L’étonnement des pleurs

Des tristes réalités

 

A Fachoda j’ai vu

Le Capitaine Marchand

Qui traînait à ses guêtres

Un conflit étonnant

 

Si de Soudan se perdait

Même un siècle plus avant

Des disputes falotes

Qu’en est-il de mes rêves

 

D’ici que la poussière

Ne se fasse de mon corps

Il me reste à souffler

D’étonnantes vérités

 

D’ici que la lumière

De mes paupières s’éteignent

Il me reste à t’offrir

De deux instants d’amour

 

Le temple de l’ouvrage

Qu’édifie ma passion

N’est pas à Jéricho

Abattu des trompettes

 

Il est d’une chaleur

Inconnue des mortels

Aux limites invisibles

Des espaces oniriques

 

Bien moins que les sept prêtres

Accompagnés de l’Arche

L’ophicléide terrestre

N’en aura de raison

 

Longtemps je t’ai longé

Muraille infranchissable

Que j’ai pourtant élevée

A péril demeure

 

Mausolée de moi-même

D’un hypogée céleste

Je féris du combat

L’ornement funéraire

 

Mais au cœur des poussées

Dictées par l’innocence

La passion se foudroie

A éclater des jours

 

A force dissiper

Les strates agglutinées

J’ai même sans oser

Passé l’autre côté

 

J’ai gravi les échelles

Et sauté alentours

Fornication active

Je n’y puis redescendre

 

Sur ma veste je portais

Ton pull de zibeline

Empreint de ton parfum

Je l’ai hissé vainqueur

 

Il règne sanctuaire

Ton atmosphère douceur

Elle nourrit les silences

De parhélies internes

 

Tout y est de couleur

Aux chatoyantes allées

Et de fontaines patientes

Ne jaillissent que des sons

 

Tout y prend ton ardeur

Tout épouse tes courbes

Pas une simple fleur

Dont l’opercule ne s’ouvre

 

J’ai arpenté sans fin

Cet éthéré présent

En avisants miroirs

Qui me reflétaient toi

 

Ni la faim ni la soif

Ne contraignaient mon corps

Seul l’esprit est en grâce

A y puiser sa mânes

 

D’un péristyle tien

S’élève une demeure

Dont l’état délabré

Me surprend tout à l’œil

 

J’approche à pas foulés

D’une fenêtre ouverte

S’échappent quelques gammes

D’un piano cristallin

 

Nul besoin de bouger

L’instrument m’apparaît

Des  touches inconsistantes

Assurément s’enfoncent

 

Je ne connais pas l’air

Mais il m’est familier

Le rythme en est de verre

Je me jette à ses pieds

 

Il s’insinue en moi

Un souffle de pureté

Une rivière de perles

S’instille entre mes doigts

 

Si je ne suis pas seul

Qui suis-je autre que moi

Si ce n’est que la peur

D’être l’autre de soi

 

Je les confonds ce soi

De ce toi qui est moi

Et d’alter en alter

Je te mène d’ego

 

Et si ce toi était l’autre

Qui de moi se transforme

Pour n’apparaître en soi

Qu’à travers des émois

 

Qui détruisit son autre

Jeckyl ou Mr Hyde

Est-il terrassé

L’envahissant Horla

 

Horla qui va là

Hors de moi hors de toi

Loin de moi loin de soi

 

Et si j’étais bien l’autre

Celui qui se veut moi

Qui s’unifie à toi

Pour être plus que soi

 

Je n’ai de moi que toi

Anémié de la foi

A croire que je n’agis

Que pour mon propre choix

 

Aséite sermonnaire

Il a repris sa place

Dont les airs éduqués

Infâmes l’ont spolié

 

Je me prends à vibrer

Des timbres du clavier

Je ne peux plus bouger

La tête me résonne

 

De longs doigts me caressent

Evanescents et froids

Et moi l’autre de moi

J’alterne en blanches et noires

 

La mélodie gracieuse

S’échappe de mon ventre

Le ventre de mon autre

Qui s’est restitué

 

Je clabaude de rage

Mais je ne peux hurler

Qu’ai-je donc voulu

L’autre réveiller

 

La porte s’est ouverte

Il en a profité

Au salon s’est vautré

Et a tout déplacé

 

Moi j’étais avec toi

Quand nous n’étions plus qu’un

Nous ne fûmes pas même trois

Il m’a subtilisé

 

La musique a cessé

Je me surecompose

Sur une nouvelle portée

Qui n’est d’autre que moi

 

Si je pense par mes sens

Mon essence est incréée

A le nommer de moi

Je le surnomme moître

 

L’entier en la moitié

Et du moi en premier

Et l’autre s’il n’est de trop

Il n’est plus que de –tre

 

L’épée s’est abattue

Me séparant au monde

Son acier a brûlé

Les ossements de mon ombre.

 

 

 

 

 

par cafre publié dans : cafre
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