Moître
Ballotté de passion
En de tremblants secrets
Un baiser plus subtil
Devient vivant séjour
A la pure douleur
Succède l’abondance
L’étonnement des pleurs
Des tristes réalités
A Fachoda j’ai vu
Le Capitaine Marchand
Qui traînait à ses guêtres
Un conflit étonnant
Si de Soudan se perdait
Même un siècle plus avant
Des disputes falotes
Qu’en est-il de mes rêves
D’ici que la poussière
Ne se fasse de mon corps
Il me reste à souffler
D’étonnantes vérités
D’ici que la lumière
De mes paupières s’éteignent
Il me reste à t’offrir
De deux instants d’amour
Le temple de l’ouvrage
Qu’édifie ma passion
N’est pas à Jéricho
Abattu des trompettes
Il est d’une chaleur
Inconnue des mortels
Aux limites invisibles
Des espaces oniriques
Bien moins que les sept prêtres
Accompagnés de l’Arche
L’ophicléide terrestre
N’en aura de raison
Longtemps je t’ai longé
Muraille infranchissable
Que j’ai pourtant élevée
A péril demeure
Mausolée de moi-même
D’un hypogée céleste
Je féris du combat
L’ornement funéraire
Mais au cœur des poussées
Dictées par l’innocence
La passion se foudroie
A éclater des jours
A force dissiper
Les strates agglutinées
J’ai même sans oser
Passé l’autre côté
J’ai gravi les échelles
Et sauté alentours
Fornication active
Je n’y puis redescendre
Sur ma veste je portais
Ton pull de zibeline
Empreint de ton parfum
Je l’ai hissé vainqueur
Il règne sanctuaire
Ton atmosphère douceur
Elle nourrit les silences
De parhélies internes
Tout y est de couleur
Aux chatoyantes allées
Et de fontaines patientes
Ne jaillissent que des sons
Tout y prend ton ardeur
Tout épouse tes courbes
Pas une simple fleur
Dont l’opercule ne s’ouvre
J’ai arpenté sans fin
Cet éthéré présent
En avisants miroirs
Qui me reflétaient toi
Ni la faim ni la soif
Ne contraignaient mon corps
Seul l’esprit est en grâce
A y puiser sa mânes
D’un péristyle tien
S’élève une demeure
Dont l’état délabré
Me surprend tout à l’œil
J’approche à pas foulés
D’une fenêtre ouverte
S’échappent quelques gammes
D’un piano cristallin
Nul besoin de bouger
L’instrument m’apparaît
Des touches inconsistantes
Assurément s’enfoncent
Je ne connais pas l’air
Mais il m’est familier
Le rythme en est de verre
Je me jette à ses pieds
Il s’insinue en moi
Un souffle de pureté
Une rivière de perles
S’instille entre mes doigts
Si je ne suis pas seul
Qui suis-je autre que moi
Si ce n’est que la peur
D’être l’autre de soi
Je les confonds ce soi
De ce toi qui est moi
Et d’alter en alter
Je te mène d’ego
Et si ce toi était l’autre
Qui de moi se transforme
Pour n’apparaître en soi
Qu’à travers des émois
Qui détruisit son autre
Jeckyl ou Mr Hyde
Est-il terrassé
L’envahissant Horla
Horla qui va là
Hors de moi hors de toi
Loin de moi loin de soi
Et si j’étais bien l’autre
Celui qui se veut moi
Qui s’unifie à toi
Pour être plus que soi
Je n’ai de moi que toi
Anémié de la foi
A croire que je n’agis
Que pour mon propre choix
Aséite sermonnaire
Il a repris sa place
Dont les airs éduqués
Infâmes l’ont spolié
Je me prends à vibrer
Des timbres du clavier
Je ne peux plus bouger
La tête me résonne
De longs doigts me caressent
Evanescents et froids
Et moi l’autre de moi
J’alterne en blanches et noires
La mélodie gracieuse
S’échappe de mon ventre
Le ventre de mon autre
Qui s’est restitué
Je clabaude de rage
Mais je ne peux hurler
Qu’ai-je donc voulu
L’autre réveiller
La porte s’est ouverte
Il en a profité
Au salon s’est vautré
Et a tout déplacé
Moi j’étais avec toi
Quand nous n’étions plus qu’un
Nous ne fûmes pas même trois
Il m’a subtilisé
La musique a cessé
Je me surecompose
Sur une nouvelle portée
Qui n’est d’autre que moi
Si je pense par mes sens
Mon essence est incréée
A le nommer de moi
Je le surnomme moître
L’entier en la moitié
Et du moi en premier
Et l’autre s’il n’est de trop
Il n’est plus que de –tre
L’épée s’est abattue
Me séparant au monde
Son acier a brûlé
Les ossements de mon ombre.
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