Le bas de Marilyne

Le téléphone tressauta cinq fois, Maryline décrocha
- Il est cinq heures mademoiselle, lui dit une voix monotone, bonne journée.
- Merci.
Elle raccrocha le combiné qui se rendormi aussitôt. Le jour poignait entre les persiennes closes. Des raies de lumière striaient le plancher d’acajou qui craqua sourdement sous ses pieds. Près du lit, sur la table de chevet ronronnait silencieusement le réveil. Il s’étira et bondit sur le plancher. Il se frotta aux mollets arrondis et fauve de sa maîtresse en poussant de léger tic tatquement : il avait faim.. Marilyne le prit entre ses mains ; remonta délicatement son mécanisme et versa quelques gouttes d’huile de coude sur les aiguilles phosphorescentes de son cadran. Elle le reposa sur la table de chevet.
La fraîcheur de ce matin la saisit à bras le corps. Elle attrapa son pantalon de laine turquoise qui pour la nuit s’était installé sur le plafonnier. Elle se glissa dedans. A la cuisine, où la vaisselle de la veille reposait dans l’évier, la cafetière à minuterie programmable poussa un sifflement strident, le café était prêt.
Marilyne se dirigea vers la salle de bains où un important ficus s’étalait en toute quiétude. Un jour il faudrait qu’elle le taille, car il envahissait progressivement le lieu. Mais elle attendrait que les oiseaux y nichaient migrent à la fin de l’été. Tant bien que mal, elle parvînt à la douche, retira son pantalon, retira son pantalon, régla le thermostat pour la température de l’eau et poussa les battants en celluloïde. Un judicieux système photo électrique déclencha la mise en marche. La tiédeur de l’eau fouetta le corps ambré de Maryline. Les oiseaux réveillés par le crépitement du liquide sur le dallage, piaillèrent et s’envolèrent par une lucarne entrouverte.
Marilyne sortit de la douche, saisit son peignoir suspendu à l’une des branches de la plante et l’enfila. La douceur de l’éponge lui caressa la peau avec délice. Un frisson de plaisir la parcourut devant le miroir aux enluminures vertes, elle se recoiffa en passant sa main à rebrousse poil dans ses cheveux mouilles, puis s’empara d’un tube de crème de soin dont elle recueillit un nuage par une légère pression de la main sur l’enveloppe d’aluminium. Délicatement elle appliqua le produit onctueux sur son visage. Un témoin lumineux placé près de l’interrupteur clignota. Quelqu’un sonnait à la porte d’entrée.
II.
- Bonjour mignonne, dit le petit homme en pointant son calibre sur le bas ventre de Maryline.
Il la poussa à l’intérieur. Deux autres types, faces burinées, fines moustaches noires et couvre-chef sur la tête, suivirent.
- On est venu te dire un petit bonjour les copain et moi ! Lui dit le grand qui clignait sans cesse des yeux.
- Le troisième obèse et tatoué, se dégagea avec difficulté de l’encadrement de la porte.
Maryline affolée tenta de fuir, mais le petit la saisit par le bras, la serra si fort qu’elle se courba en deux.
- Vous me faites mal !
- Tu crois que nous sommes là pour te faire jouir ? Dit l’obèse en rigolant à gorge déployée.
- Assez parlé ! Reprit le petit, il faut faire vite avant que le quartier ne se réveille.
- Si c’est de l’argent que vous voulez…
- T’entends ça le tiqueux ? Demanda l’obèse au grand. A croire qu’on est là pour quêter.
Le petit attrapa les cheveux de Marilyne et l’entraîna vers la chambre à coucher.
- T’inquiète pas, dit-il à Marilyne, on ne va ni te voler ni te violer.
L’obèse qui ne pouvait pas pénétrer dans la chambre, s’installa au salon dans un large fauteuil au cuir écaillé. Il sentit l’odeur du café et demanda au grand d’aller lui en servir une tasse. Le petit s’emporta.
- on n’est pas là pour prendre une collation !
- toujours la même antienne, bougonna l’obèse, on n peut jamais en profiter. Le grand retourna dans la chambre où Maryline effondrée pleurait. Le petit tenait toujours son révolver en main, tan disque le grand fouillait dans les tiroirs d’une commode située en face du lit. Il finit par en sortir un bas résille.
- Je crois que celui là fera l’affaire.
Le petit acquiesça.
Il fit un grand noeud coulant puis tendit le bas au petit. Marilyne pressentit ce qui allait lui arriver et se mit à hurler. Le grand la saisit sous les aisselles, le petit lui passa le pas autour du cou, serra le nœud coulant puis tous les deux la hissèrent au lustre en s’assurant de sa solidité.
- C’est bon, dit le petit au grand, tu peux la lâcher.
Le grand lâcha maryline qui après un craquement sinistre des vertèbres se balançait au bout de son bas.
- Allez, on s’en va ! ordonna le petit.
Les trois hommes repartirent. L’obèse resta à nouveau coincé dans l’encadrement de la porte.
- Faudra que tu maigrisses, suggéra le grand sinon…
Sans bruit, ils dévalèrent les escaliers. L’obèse vérifia que personne n’était dans la rue. Ils s’engouffrèrent dans un cabriolet noir. Le grand tourna la clef de contact, la voiture vrombit.
- Attends ! S’écria le petit, j’ai oublié mon flingue là-haut.
- Il sortit précipitamment de la voiture, gravit les escaliers et pénétra de rechef dans l’appartement. Marilyne se balançait toujours au bout de son bas. Il prit le revolver et retraversa l’appartement. En refermant la porte d’entrée son regard s’attarda sur la sonnette. Il jura.
Blême, il reprit place dans le cabriolet qui démarra sur les chapeaux de roues. L’obèse se curait les ongles avec un couteau à cran d’arrêt en sifflant l’air de Carmen, tandisque le grand jetait de temps à autre des coups d’œil suspicieux dans le rétroviseur.
- On s’est gouré de nana, déclara le petit livide.
Le grand écrasa la pédale de frein. La voiture plongea sur ses roues. L’obèse lâcha son couteau qui se planta entre ses cuisses volumineuses.
- Comment on s’est trompé de nana ? Demanda le grand les deux mains fondues au volant.
- Demande à l’obèse, c’est lui qui s’est chargé de la trouver. Ils se tournèrent vers lui.
- Quoi, qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?
- Ta gueule ! Hurla le petit. Si t’avais mis tes lunettes, on n’en serait pas là. Maintenant il est trop tard crétin !
Il dégaina son révolver, le pointa sur l’obèse et appuya sur la détente. Le coup partit, la tête éclata.
- Comme ça dit le petit en rengainant son gun, il ne confondra plus le o avec le u. Il se tourna vers le grand. Parce que figure toi qu’on a liquidé Marilyne Munroe…
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